Une « mokawama » redéfinie par deux acteurs centraux : le Hamas et le Hezbollah
Lorsque l’on parle aujourd’hui de la « mokawama », ce terme renvoie principalement à deux pôles majeurs de la résistance armée contre Israël : le Hamas dans la bande de Gaza et le Hezbollah au Liban. Les deux organisations suivent des trajectoires distinctes mais partagent une même logique d’opposition, de résilience et d’adaptation dans un contexte où Israël cherche à imposer un affaiblissement durable.
Le débat porte désormais sur une question précise. Israël a-t-il véritablement réussi à neutraliser la « mokawama », ou ces mouvements conservent-ils une capacité d’action, visible ou souterraine, malgré les pertes ?
Le Hamas : un mouvement lourdement touché mais capable de survivre en mode clandestin
Les opérations israéliennes ont porté des coups significatifs au Hamas. Une partie de sa structure militaire a été détruite, des commandants ont été éliminés et plusieurs quartiers stratégiques ont été rasés. Pourtant, ce type d’organisation n’est pas conçu pour disparaître sous la pression militaire.
Le Hamas repose sur une architecture faite de petites unités autonomes, de tunnels encore inconnus, d’un soutien social localisé et d’une idéologie profondément ancrée dans une population marquée par des décennies de conflit.
Même affaibli, il lui reste la capacité de se fragmenter, de se cacher, de reconstituer des cellules réduites et de mener des actions sporadiques. Il se transforme, se disperse et adopte un mode de fonctionnement plus clandestin, ce qui rend son éradication totale improbable à court terme.
Le Hezbollah : un acteur régional dont l’influence dépasse le seul théâtre libanais
Contrairement au Hamas, le Hezbollah dispose d’une profondeur stratégique largement supérieure. Il est intégré à la scène politique libanaise, soutenu par un appareil structuré et armé de manière beaucoup plus sophistiquée.
Les frappes israéliennes peuvent cibler ses positions, ses commandants ou ses infrastructures, mais le mouvement reste ancré dans un territoire où il bénéficie d’un soutien politique, social et logistique.
Sa capacité balistique, ses réseaux de renseignement et son expérience militaire en Syrie lui donnent une résilience que les opérations israéliennes n’ont pas totalement entamée. Israël peut affaiblir certaines de ses capacités, mais il ne peut pas neutraliser un acteur dont l’influence dépasse de loin le champ militaire.
Une « mokawama » affaiblie dans sa forme classique mais en mutation permanente
La « mokawama » dans son ensemble traverse une phase de mutation. Le Hamas, amoindri dans ses capacités visibles, se déplace vers une résistance plus fragmentée et moins hiérarchique. Le Hezbollah, quant à lui, réduit l’intensité de son engagement direct mais continue de jouer un rôle de dissuasion régionale.
Cette transformation peut donner l’impression d’un recul, alors qu’il s’agit d’un changement de mode opératoire. Ces groupes alternent entre invisibilité et réapparition selon les périodes, ce qui empêche une évaluation définitive de leur état réel.
Une idéologie qui continue de nourrir la survie des structures
Ni le Hamas ni le Hezbollah n’existent uniquement à travers leurs armes. Leur survie est liée à une dimension idéologique et identitaire que la puissance militaire ne peut pas démanteler.
Pour une partie de leurs populations, ces mouvements incarnent une réponse à l’absence de solution politique durable. Tant que ce contexte persistera, la « mokawama » restera capable de se réinventer, indépendamment des pertes subies.
Un mouvement affaibli mais loin d’être anéanti
La « mokawama » a perdu du terrain. Elle a perdu des hommes, des infrastructures, des bases, des quartiers entiers. Mais elle n’a pas perdu ce qui la définit : une capacité à survivre dans la clandestinité, une alliance idéologique et une profondeur sociale que les frappes militaires ne suffisent pas à éradiquer.
Dire qu’elle a été anéantie relève davantage d’un discours politique que d’un constat stratégique. Les deux mouvements conservent encore des leviers d’action, même si leur expression est aujourd’hui plus discrète et plus dispersée.