Achraf Hakimi de retour au Maroc : pari médical avant le match d’ouverture contre les Comores

Par Youssef Boulayoun • 09 déc. 2025, 20:53 • 7 min de lecture • Sport
Achraf Hakimi de retour au Maroc : pari médical avant le match d’ouverture contre les Comores

Longtemps annoncé incertain pour le match d’ouverture de “sa” CAN, Hakimi a repris l’entraînement puis rejoint le camp des Lions avec un protocole sur mesure négocié avec le PSG. Entre prudence médicale, pression sportive et symbole national, le Maroc joue gros sur le timing de sa star.

La scène était attendue, presque scrutée en temps réel par les supporters. Après plusieurs semaines de soins à Paris, Achraf Hakimi est arrivé au Maroc pour poursuivre sa rééducation aux côtés des Lions de l’Atlas, avec dans ses bagages une partie du staff médical du PSG. Tout un symbole : la star marocaine ne vient pas seulement “rejoindre la sélection”, elle transporte avec elle le dispositif qui doit lui permettre de tenir sa promesse, être là le 21 décembre pour le match d’ouverture de la CAN 2025 face aux Comores.

L’histoire de ce pari commence le 4 novembre, lors d’un match de Ligue des champions contre le Bayern Munich. Fauté sur la cheville, Hakimi sort blessé. Les premiers diagnostics évoquent une entorse sérieuse et un délai d’indisponibilité de six à huit semaines, de quoi mettre en doute sa participation aux premiers matchs de la CAN. Très vite, les analyses se multiplient, entre pronostics pessimistes et scénarios plus nuancés. Le Maroc, qui compte sur son latéral droit comme sur un véritable métronome de son système, se retrouve suspendu aux bulletins médicaux venus de Paris.

Au fil des jours, le tableau se clarifie. Hakimi évite l’opération, suit un programme intensif de soins et de renforcement, puis reprend la course et le travail avec ballon en marge de l’entraînement collectif au Camp des Loges. Les images de ses premiers exercices, genouillères et strapping visibles, rassurent partiellement le public marocain. Le discours du staff parisien se veut prudent, celui de l’entourage du joueur beaucoup plus optimiste. Dans les couloirs, une phrase revient : “il fera tout pour être là au coup d’envoi à Rabat”.

Le compromis trouvé est révélateur des enjeux autour du joueur. Plutôt que de rester jusqu’au dernier moment à Paris, Hakimi rejoint le Maroc en amont, mais flanqué d’un staff médical envoyé par le PSG. Objectif officiel : assurer une continuité dans le protocole tout en lui permettant de s’acclimater au groupe, au climat, aux terrains et aux exigences spécifiques du sélectionneur. Dans les faits, ce dispositif consacre le statut à part du latéral droit, à la fois salarié d’un grand club européen, capitaine de route d’une génération marocaine et candidat sérieux au titre de meilleur joueur africain de l’année.

Walid Regragui ne s’en cache plus dans ses prises de parole : Hakimi reste au centre de son projet de jeu. Le sélectionneur insiste sur l’exemplarité du joueur, “qui n’a pas arrêté de travailler depuis sa blessure” et dont il espère la présence dès le premier match. Mais derrière les formules de confiance, le staff sait qu’il marche sur une ligne fine. Un retour précipité ferait peser un risque sérieux de rechute sur un joueur clé pour toute la durée du tournoi, et au-delà, pour sa carrière en club. Un retour différé obligerait à repenser l’animation du couloir droit pour au moins une ou deux rencontres, avec tout ce que cela implique en termes d’automatismes.

Tactiquement, l’absence éventuelle de Hakimi se mesure en plusieurs dimensions. D’abord, la profondeur offerte côté droit, grâce à sa capacité à répéter les courses à haute intensité, à attaquer l’espace et à renverser le jeu. Ensuite, la qualité de son pied dans les centres, les coups de pied arrêtés et les renversements rapides dès la récupération. Enfin, sa relation avec les ailiers et milieux offensifs qui occupent ce couloir, devenue au fil des matches un des principaux leviers de déséquilibre des Lions. Le Maroc dispose d’options de rechange, entre profils plus défensifs capables de verrouiller le côté et profils plus offensifs issus du vivier local, mais aucun ne cumule toutes les qualités de Hakimi. Le plan de jeu avec lui et le plan sans lui ne produisent pas la même équipe.

Psychologiquement, le dossier dépasse largement la question du onze de départ. Hakimi est devenu, depuis la Coupe du monde 2022, l’un des visages les plus identifiés de la sélection, un leader de vestiaire et un symbole d’audace dans le jeu. Le voir sur la feuille de match, même à 80 %, est un message envoyé à l’adversaire comme au public : le Maroc aborde “sa” CAN avec ses armes majeures. À l’inverse, un forfait pour l’ouverture contre les Comores alimenterait inévitablement les spéculations sur l’état réel de l’équipe, dans un contexte où les Lions restent sur une impressionnante série de victoires et arrivent avec l’étiquette de grand favori du tournoi.

La dimension politique du dossier n’est pas neutre non plus. Le timing du retour de Hakimi s’inscrit dans une séquence où la FIFA a décidé de repousser la date de mise à disposition des joueurs par les clubs, permettant à ces derniers de garder leurs internationaux jusqu’au 15 décembre. Ce décalage réduit le temps de préparation de toutes les sélections, mais crée une situation particulière pour un joueur déjà convalescent : moins de séances collectives, plus de travail individualisé, davantage d’incertitude sur les repères avec ses coéquipiers. Pour le Maroc, ce contexte renforce l’idée que la CAN 2025 se jouera autant dans les services médicaux et les salles de musculation que sur les pelouses.

Dans ce jeu d’équilibriste, la décision finale pourrait se situer entre deux extrêmes. Hakimi débutant contre les Comores, avec la mission de donner le ton d’entrée, mais éventuellement remplacé plus tôt que d’habitude pour limiter la charge. Ou bien Hakimi sur le banc, prêt à entrer en seconde période si le scénario l’exige, afin de tester sa cheville en condition réelle sans lui imposer quatre-vingt-dix minutes à haute intensité. Dans les deux cas, l’option choisie dira quelque chose de la manière dont le staff marocain conçoit le rapport entre protection de ses cadres et impératif de résultat immédiat.

Le public, lui, a déjà tranché sur l’essentiel. Dans les discussions de cafés comme sur les réseaux sociaux, une idée revient : mieux vaut un Hakimi à 100 % pour le cœur du tournoi que cramé dès la phase de groupes. Mais la tentation de le voir fouler la pelouse de Rabat dès le premier soir, dans un stade plein à craquer, est immense. Le pari médical entamé début novembre est ainsi devenu une question d’identité sportive : le Maroc peut-il imaginer débuter “sa” CAN sans son joueur phare, ou l’image de Hakimi entrant sur la pelouse fait-elle désormais partie intégrante du récit de cette compétition ?

À douze jours de Maroc–Comores, aucune réponse définitive n’est encore connue. Ce qui est acquis, en revanche, c’est que le tournoi a déjà commencé pour Achraf Hakimi. Avant même de croiser un ailier adverse, il doit gagner son duel contre le chronomètre, la douleur résiduelle et la prudence légitime de son club. Si le pari est réussi, son retour au plus haut niveau dès le match d’ouverture pourrait devenir l’un des premiers moments forts de cette CAN 2025. Sinon, il faudra au Maroc prouver que son statut de favori repose sur une équipe entière, et pas seulement sur l’état de forme de son latéral droit.

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