L’Afrique face à la nouvelle ruée vers les terres agricoles

Par Youssef Boulayoun • 31 oct. 2025, 15:36 • 3 min de lecture • Monde
L’Afrique face à la nouvelle ruée vers les terres agricoles

L’Afrique devient le théâtre d’une nouvelle “ruée vers la terre”, où investisseurs étrangers et gouvernements locaux s’affrontent pour le contrôle de millions d’hectares fertiles.

L’Afrique détient près de 60 % des terres arables non exploitées de la planète. Une richesse qui, loin d’être une bénédiction, attire depuis plusieurs années une véritable ruée mondiale. États, fonds souverains et entreprises multinationales cherchent à sécuriser leur approvisionnement alimentaire ou énergétique, au prix souvent de la souveraineté des pays africains.

Depuis les années 2010, les acquisitions de terres à grande échelle se sont multipliées. Des pays comme la Chine, l’Inde, le Qatar ou encore les Émirats arabes unis ont investi massivement dans des exploitations agricoles en Éthiopie, au Soudan, au Mozambique ou au Sénégal. Ces contrats, parfois d’une durée de 50 à 99 ans, concernent des millions d’hectares.

L’objectif est double : produire pour exporter, et s’assurer un contrôle sur des ressources vitales à l’heure où les crises alimentaires mondiales se multiplient. Mais ces investissements soulèvent de nombreuses critiques. Dans plusieurs régions, les populations locales sont déplacées sans compensation réelle, les terres deviennent inaccessibles aux petits agriculteurs, et les profits échappent souvent aux économies locales.

Le phénomène a pris une ampleur telle qu’il menace la sécurité alimentaire du continent. Alors que l’Afrique importe encore plus de 80 % de son blé, elle cède paradoxalement des terres fertiles à des acteurs étrangers. Une contradiction qui illustre la dépendance structurelle du continent face à la mondialisation des ressources.

Les ONG dénoncent également les impacts environnementaux de ces pratiques : déforestation, surexploitation des sols, pollution des nappes phréatiques et épuisement des ressources hydriques. À long terme, ces projets risquent d’aggraver la vulnérabilité écologique et sociale des territoires concernés.

Certains États africains, conscients du danger, tentent désormais de réagir. Le Rwanda et le Ghana ont mis en place des cadres juridiques pour encadrer les investissements agricoles. Le Maroc, de son côté, mise sur un modèle différent : attirer les capitaux étrangers tout en gardant la maîtrise de ses ressources à travers des partenariats public-privé encadrés et une politique agricole durable (Plan Maroc Vert, puis Génération Green 2020-2030).

La question foncière en Afrique dépasse donc la simple agriculture. Elle devient un enjeu de souveraineté, de pouvoir et d’avenir. Le continent joue ici une partie décisive : celle de son indépendance alimentaire face à une planète en quête de ressources.

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