Afrique de l’Ouest : le retour du Maroc dans le jeu énergétique régional

Par Youssef Boulayoun • 22 oct. 2025, 00:44 • 6 min de lecture • Maroc
Afrique de l’Ouest : le retour du Maroc dans le jeu énergétique régional

Entre gazoducs, interconnexions électriques et énergies renouvelables, le Maroc s’impose à nouveau comme un acteur clé du développement énergétique africain. À travers des projets d’envergure et une diplomatie pragmatique, le royaume redéfinit son rôle dans le paysage énergétique ouest-africain.

L’Afrique de l’Ouest est en pleine effervescence énergétique.
Alors que la demande en électricité explose et que la transition vers des sources propres s’accélère, le Maroc revient sur le devant de la scène avec une stratégie ambitieuse de coopération et d’intégration énergétique régionale.

À la croisée des chemins entre l’Europe et l’Afrique, le royaume combine expertise, stabilité et vision pour devenir un pont énergétique entre le Nord et le Sud, au service du développement du continent.


1. Le gazoduc Maroc–Nigeria : une colonne vertébrale panafricaine

Symbole de cette ambition, le gazoduc Maroc–Nigeria reste le projet phare de la coopération énergétique africaine.
Long de plus de 5 600 kilomètres, il reliera Lagos à Tanger en traversant 13 pays d’Afrique de l’Ouest, dont le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie.
Objectif : acheminer le gaz nigérian jusqu’au Maroc, puis vers l’Europe, tout en alimentant les marchés africains traversés.

Ce projet colossal, estimé à plus de 25 milliards de dollars, est porté conjointement par la National Nigerian Petroleum Company (NNPC) et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM).
Il permettra :

  • de sécuriser l’approvisionnement énergétique de l’Afrique de l’Ouest ;

  • de stimuler l’industrialisation régionale ;

  • et de renforcer la souveraineté énergétique du continent.

En 2025, les études d’ingénierie détaillée (FEED) sont en phase finale, et plusieurs bailleurs internationaux — dont la Banque africaine de développement — ont confirmé leur appui financier.
Ce gazoduc, au-delà de l’énergie, est une infrastructure politique et économique majeure pour l’intégration africaine.


2. Une stratégie de complémentarité énergétique

Le Maroc ne mise pas uniquement sur le gaz : il propose un modèle énergétique fondé sur la complémentarité entre énergies fossiles et renouvelables.
Le pays, pionnier africain du solaire et de l’éolien, souhaite exporter son expertise vers les nations ouest-africaines confrontées à des défis d’accès à l’électricité.

Le royaume coopère déjà avec plusieurs États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour :

  • développer des centrales hybrides (solaire-gaz) ;

  • étendre les réseaux d’interconnexion électrique ;

  • et partager son savoir-faire en gouvernance énergétique.

Cette approche pragmatique, fondée sur le partenariat et la durabilité, distingue le Maroc des acteurs purement extractifs : il n’exporte pas seulement de l’énergie, mais un modèle de gestion et de transformation.


3. Les interconnexions électriques : l’Afrique branchée au Maroc

Le Maroc multiplie les projets d’interconnexion avec ses voisins africains.
L’objectif à long terme : intégrer le royaume au Réseau Électrique Ouest-Africain (EEEOA) pour permettre la circulation transfrontalière de l’énergie.

Les premiers jalons ont déjà été posés :

  • Une interconnexion entre le Maroc et la Mauritanie est à l’étude, avec un double objectif — énergétique et stratégique — d’alimenter le sud marocain et de stabiliser les réseaux mauritaniens.

  • À moyen terme, le Maroc vise une connexion directe avec le réseau ouest-africain à travers la Mauritanie, pour partager son excédent d’énergie renouvelable.

Grâce à ses infrastructures performantes — notamment les centrales solaires de Noor Ouarzazate et les parcs éoliens de Tarfaya et Midelt — le royaume est en passe de devenir un exportateur d’électricité propre vers le reste du continent.


4. Une diplomatie énergétique bien rodée

Le retour du Maroc dans le jeu énergétique africain repose sur une diplomatie d’influence souple et cohérente.
Le royaume privilégie une approche de coopération gagnant-gagnant, basée sur le transfert de technologie, la formation et la durabilité.

Des accords bilatéraux récents illustrent cette orientation :

  • Maroc–Sénégal : partenariat sur l’électrification rurale et la maintenance des réseaux.

  • Maroc–Côte d’Ivoire : collaboration sur le développement de centrales solaires et sur la formation technique.

  • Maroc–Nigeria : coopération stratégique à travers le projet du gazoduc et la recherche sur l’hydrogène vert.

Ces partenariats renforcent la crédibilité du Maroc comme acteur énergétique stable, neutre et fiable, dans une région marquée par les tensions politiques et les instabilités.


5. L’hydrogène vert : le nouvel horizon commun

L’un des domaines les plus prometteurs de la coopération énergétique maroco-africaine est l’hydrogène vert.
Grâce à son potentiel solaire et éolien exceptionnel, le Maroc s’est imposé parmi les leaders mondiaux de cette filière.
Le royaume entend associer plusieurs pays africains à ce développement, notamment le Sénégal, la Mauritanie et le Nigeria.

L’idée : créer un corridor africain de l’hydrogène permettant de produire, transformer et exporter ce carburant du futur.
Ces projets pourraient générer des milliards d’investissements et des milliers d’emplois qualifiés, tout en plaçant l’Afrique dans la course mondiale à la décarbonation.

L’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN) joue un rôle clé dans ce transfert de compétences et d’ingénierie.


6. Défis et perspectives

Le retour du Maroc dans le jeu énergétique ouest-africain n’est pas exempt de défis :

  • la mobilisation des financements pour des projets transcontinentaux très coûteux ;

  • la coordination politique entre les pays traversés ;

  • et la protection des infrastructures dans des zones parfois instables.

Mais la volonté politique, la crédibilité institutionnelle du Maroc et la convergence d’intérêts régionaux laissent présager une réussite durable.
Le royaume a déjà démontré sa capacité à porter des projets panafricains structurants, combinant ambition et pragmatisme.


Conclusion

Le Maroc s’impose aujourd’hui comme un acteur énergétique central en Afrique de l’Ouest, alliant vision, technologie et diplomatie.
Son retour n’est pas celui d’un conquérant, mais d’un partenaire stratégique, attaché à une coopération équitable et à la construction d’une souveraineté énergétique africaine.

Du gazoduc Nigeria–Maroc à l’hydrogène vert, le royaume confirme sa place dans la transition énergétique du continent.
Le futur énergétique de l’Afrique s’écrira, en grande partie, avec le Maroc comme catalyseur et trait d’union.

 

Sources :

  • ONHYM – Rapport sur le projet du gazoduc Maroc–Nigeria (2025)

  • MASEN – Hydrogen Roadmap Morocco 2030

  • CEDEAO – West African Power Pool Strategy 2024

  • Banque africaine de développement – African Energy Outlook 2025

  • Reuters / Jeune Afrique – Maroc, acteur clé du jeu énergétique africain

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