Un signal venu de Moscou
La déclaration, prononcée lors d’une conférence de presse du ministre russe des Affaires étrangères à Moscou, a surpris plus d’un observateur.
Pour la première fois, la Russie évoque le plan marocain d’autonomie du Sahara comme “une approche réaliste et constructive pouvant s’inscrire dans le cadre du droit international”.
Historiquement prudente sur ce dossier, Moscou s’était toujours gardée d’afficher une position explicite, préférant soutenir le processus onusien sans prendre parti. Ce changement de ton reflète une volonté d’équilibrer ses relations dans la région, alors que la Russie cherche à renforcer son ancrage diplomatique et économique en Afrique du Nord.
Le contexte : Rabat consolide ses soutiens
Depuis plusieurs années, le Maroc multiplie les succès diplomatiques autour de son plan d’autonomie. Les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne et une cinquantaine de pays africains ont exprimé leur appui explicite à la souveraineté du Royaume sur le Sahara.
La déclaration russe vient ainsi conforter une tendance lourde : la reconnaissance progressive de la feuille de route marocaine comme seule base crédible de règlement du conflit.
Elle survient également à un moment stratégique, à l’approche du renouvellement du mandat de la MINURSO (Mission des Nations unies au Sahara occidental) et de discussions cruciales au Conseil de sécurité.
La prudence d’Alger et la réaction des chancelleries
À Alger, cette prise de position n’a pas manqué de provoquer des remous.
Les médias proches du pouvoir ont tenté d’en minimiser la portée, évoquant un “simple commentaire diplomatique”. Mais dans les faits, la Russie, longtemps considérée comme un partenaire privilégié de l’Algérie, envoie ici un signal d’équilibre : Rabat compte désormais parmi ses interlocuteurs stratégiques.
Du côté européen, Paris et Madrid ont salué cette évolution, estimant qu’elle confirme la pertinence du plan d’autonomie marocain, sans pour autant changer la donne au sein du Conseil de sécurité. Washington, déjà soutien officiel du plan depuis 2020, y voit un “alignement progressif des grandes puissances sur une solution pragmatique”.
Moscou et Rabat : des intérêts croisés

Ce rapprochement diplomatique s’inscrit dans une dynamique économique plus large.
Depuis 2023, le Maroc et la Russie ont intensifié leur coopération dans plusieurs domaines : énergie, engrais, pêche et industries minières. Des accords bilatéraux ont été signés pour favoriser l’investissement russe dans les régions du Sud, notamment à Dakhla, où un port stratégique en eaux profondes est en construction.
Pour Moscou, le Maroc représente une porte d’entrée stable vers l’Afrique de l’Ouest et un partenaire capable de relayer ses intérêts sans confrontation directe avec les puissances occidentales.
Pour Rabat, c’est un coup diplomatique : montrer que la reconnaissance du Sahara marocain dépasse désormais les alliances traditionnelles de l’Occident.
Une lecture stratégique de la “self-determination”
Le terme choisi par la diplomatie russe n’est pas anodin. En parlant de “forme de self-determination reconnue par l’ONU”, Moscou introduit une lecture élargie du droit à l’autodétermination, compatible avec le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007.
Cette approche rejoint celle de plusieurs États africains et européens qui estiment que l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue la voie la plus réaliste pour sortir de l’impasse.
Ainsi, sans reconnaître explicitement la marocanité du Sahara, la Russie légitime indirectement le principe même de la gouvernance décentralisée proposée par Rabat — une nuance diplomatique, mais lourde de sens.
Les conséquences possibles
Cette évolution pourrait avoir plusieurs effets :
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Renforcement du positionnement marocain à l’ONU, en consolidant le soutien des puissances membres du Conseil de sécurité.
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Équilibre géopolitique nouveau dans le Maghreb, où la Russie cherche à ménager Rabat sans froisser Alger.
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Accélération du dialogue économique bilatéral, notamment dans l’énergie et l’agriculture.
À moyen terme, la Russie pourrait jouer un rôle de médiateur discret dans le dossier saharien, un rôle jusque-là réservé à des puissances occidentales.
Un jeu diplomatique subtil
Le Maroc récolte aujourd’hui les fruits d’une diplomatie patiente et multidimensionnelle.
En diversifiant ses alliances — de Washington à Pékin, de Riyad à Moscou — Rabat impose son approche pragmatique : un Sahara intégré, stable et prospère.
Cette stratégie, souvent qualifiée de “neutralité active”, permet au Royaume de rester un interlocuteur crédible dans un monde multipolaire.
Mais cette reconnaissance implicite engage aussi des responsabilités : consolider le développement des provinces du Sud, garantir les libertés locales et prouver que l’autonomie peut être un modèle réussi de gouvernance territoriale.
Vers un nouvel équilibre maghrébin ?
La position russe ne clôt pas le dossier du Sahara, mais elle en modifie subtilement la géométrie.
Alors qu’Alger maintient une ligne dure sur l’autodétermination, Rabat consolide sa vision d’un Sahara marocain ouvert sur le développement et la coopération régionale.
Le Maroc, fort de ses soutiens croissants, avance désormais sur un terrain diplomatique où même les anciennes neutralités se teintent de réalisme.
Et si, finalement, le Sahara devenait le lieu où se redessine l’équilibre des puissances en Afrique du Nord ?
Sources :
APA News – 14 octobre 2025
Morocco World News – 13 octobre 2025
Atalayar – 14 octobre 2025
Le360.ma – 12 octobre 2025