L’offre algérienne : une médiation “sous conditions”
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a récemment déclaré que son pays était prêt à “soutenir une médiation” entre le Maroc et le Front Polisario, tout en affirmant que toute solution devait s’inscrire dans le cadre strict des résolutions de l’ONU. Cette annonce intervient dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes et une absence de dialogue direct depuis plusieurs années.
Un problème majeur : l’impartialité
Malgré la formulation diplomatique de son initiative, l’Algérie se trouve confrontée à une contradiction fondamentale : elle est considérée par le Maroc, par de nombreux observateurs internationaux et par plusieurs résolutions comme une partie prenante du conflit. Son soutien politique, logistique et diplomatique historique au Front Polisario, ainsi que son implication dans les grandes orientations du mouvement, rendent toute prétention à la neutralité difficilement crédible.
Un acteur engagé depuis 1975
Depuis le retrait de l’Espagne du Sahara, l’Algérie s’est progressivement positionnée comme principal soutien du Polisario, allant jusqu’à accueillir ses dirigeants, financer ses activités et défendre ses positions sur la scène internationale. Cette relation privilégiée va bien au-delà d’un simple soutien humanitaire et constitue une ligne stratégique de sa politique extérieure. Dans ces conditions, se poser en arbitre entre deux acteurs dont l’un est son protégé naturel apparaît incompatible.
Une initiative qui interroge les motivations d’Alger
Pour plusieurs analystes, cette proposition ne vise pas une médiation réelle, mais plutôt à repositionner diplomatiquement l’Algérie au moment où plusieurs pays renforcent leur rapprochement avec le Maroc, notamment autour de son initiative d’autonomie, soutenue par de nombreux États. Alger chercherait à se présenter comme acteur incontournable et à reprendre la main sur un dossier où son influence est contestée.
Le Maroc reste fidèle à la voie onusienne
Rabat, de son côté, a toujours privilégié le processus politique mené exclusivement par les Nations Unies, estimant que toute autre médiation parallèle risquait d’ajouter de la confusion et de détourner le processus de ses bases légales. Pour le Maroc, seule une discussion encadrée par l’ONU, et impliquant obligatoirement l’Algérie comme partie prenante, peut mener à une solution durable.
Une médiation dont l’avenir paraît limité
À court terme, il apparaît peu probable que la proposition algérienne débouche sur un format de discussions accepté par Rabat ou reconnu par les partenaires internationaux. La condition essentielle d’un médiateur — la neutralité — n’est pas remplie. Le dossier du Sahara continuera donc d’être traité exclusivement dans le cadre des Nations Unies, avec la même équation centrale : sans implication claire de l’Algérie en tant qu’acteur du conflit, aucun progrès significatif ne pourra être réalisé.