Un budget social inédit dans l’histoire récente du Maroc
Présenté au Parlement en octobre 2025, le projet de loi de finances 2026 a surpris par son orientation résolument sociale. Près de 30 % des dépenses publiques seront désormais allouées à la santé et à l’éducation, deux secteurs longtemps considérés comme les maillons faibles du modèle marocain.
Ce virage s’inscrit dans la continuité du Nouveau Modèle de Développement (NMD), feuille de route royale lancée en 2021, qui place le capital humain au cœur des politiques publiques.
Le gouvernement affirme vouloir répondre à une attente profonde : celle d’un Maroc plus équitable, où la qualité des services essentiels ne dépend plus du lieu de naissance.
« Nous devons passer d’une logique d’investissement en béton à un investissement dans les Marocains eux-mêmes », a déclaré un haut responsable du ministère des Finances sous couvert d’anonymat.
Santé : vers une réforme structurelle et des hôpitaux régionaux modernes
Le budget 2026 prévoit une enveloppe de 75 milliards de dirhams pour le secteur de la santé.
Une partie importante sera consacrée à la construction et à la réhabilitation de hôpitaux régionaux à Fès, Ouarzazate, Dakhla et Nador, mais aussi à la modernisation des centres de santé communautaires.
Le ministère de la Santé a également annoncé le recrutement de plus de 12 000 professionnels de santé en 2026, dont 4 000 médecins et 8 000 infirmiers, dans le but de réduire le déficit chronique en ressources humaines.
Cette politique s’accompagne du déploiement de la télémédecine dans les zones rurales isolées, un chantier déjà testé dans le Souss-Massa et le Drâa-Tafilalet.
L’objectif est clair : généraliser la couverture médicale universelle avant 2027, conformément aux orientations royales.
Éducation : un chantier de refondation nationale
Côté éducation, une enveloppe de 65 milliards de dirhams sera allouée à la refonte du système scolaire.
Le ministère de l’Éducation nationale, dirigé par Chakib Benmoussa, prévoit la construction de 1 000 nouvelles écoles, notamment en milieu rural, et la rénovation de 3 000 établissements existants.
Un accent particulier sera mis sur la formation continue des enseignants et la digitalisation des méthodes pédagogiques.
Le gouvernement compte également lancer un programme national de lutte contre l’abandon scolaire, qui touche encore près de 300 000 élèves par an, principalement dans les campagnes.
À travers ces réformes, Rabat espère améliorer les performances du Maroc dans les classements internationaux — le pays figurait encore en 2024 parmi les dix derniers du rapport PISA de l’OCDE.
Entre espoir et scepticisme
Si ces annonces suscitent l’espoir, plusieurs économistes soulignent la nécessité d’un suivi rigoureux pour éviter les effets d’annonce.
« Le Maroc ne manque pas d’ambition, mais de gouvernance. Ce budget est une chance à condition qu’il s’accompagne de transparence et de résultats mesurables », analyse l’économiste Najib Akesbi.
D’autres observateurs rappellent que la réussite de ces réformes dépendra aussi de la lutte contre la corruption, de la décentralisation effective des budgets régionaux et d’une meilleure coordination entre ministères.
Malgré ces réserves, une chose est sûre : le Budget 2026 marque un tournant majeur dans la politique sociale du Royaume.
Il traduit la volonté d’un État plus présent, plus solidaire, et tourné vers la justice territoriale.
Sources :
Reuters — Morocco to boost health, education spending to $15 billion in 2026 (19 octobre 2025)
MAP — Déclarations du ministère de l’Économie et des Finances
HCP — Rapport « Indicateurs sociaux 2025 »
Le360.ma — Le Maroc met le cap sur la refonte de l’éducation et de la santé publique (20 octobre 2025)