Contexte et objectifs
Le Maroc figure parmi les pays les plus exposés au stress hydrique en Afrique du Nord. L’irrégularité des précipitations, la baisse des apports des barrages et la croissance démographique exercent une pression durable sur les nappes phréatiques et les eaux de surface.
Dans ce contexte, le dessalement s’impose comme une alternative stratégique pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable, stabiliser l’activité économique et soutenir certaines filières agricoles à forte valeur ajoutée.
Le Royaume compte déjà plusieurs stations en service et d’autres en cours de réalisation, avec un objectif clair : accroître fortement les capacités à l’horizon 2030–2033 pour répondre à la demande croissante des villes côtières et des zones agricoles.
Les grands chantiers en cours
Plusieurs projets illustrent cette montée en puissance :
- Agadir – Chtouka : l’une des plus grandes stations de dessalement d’eau de mer en Afrique, destinée à la fois à l’eau potable et à l’irrigation agricole. Elle fonctionne grâce à un partenariat public-privé et est partiellement alimentée par de l’énergie renouvelable.
- Laâyoune et Dakhla : deux stations stratégiques pour accompagner le développement du Sud marocain, notamment dans les secteurs de la pêche, du tourisme et de l’agriculture.
- Casablanca : un mégaprojet en préparation pour alimenter la métropole et sa région, avec une capacité estimée à plus de 300 000 m³ par jour.
- Safi, El Jadida, et Nador : d’autres stations en projet ou en extension, visant à renforcer la résilience des zones industrielles et touristiques face à la raréfaction des ressources naturelles.
Défis et contraintes
Coûts d’investissement et d’exploitation
Le dessalement par osmose inverse requiert des investissements lourds : membranes, pompes haute pression, prétraitement et infrastructures électriques. Malgré les progrès technologiques, le prix du mètre cube d’eau reste supérieur aux ressources conventionnelles, surtout lorsque l’énergie est coûteuse.
Empreinte énergétique
La consommation électrique demeure l’un des principaux postes de coût. L’arrimage des stations à des sources renouvelables (solaire, éolien) est un levier essentiel pour réduire la facture énergétique et l’empreinte carbone, mais demande des montages techniques et contractuels complexes.
Impacts environnementaux
Les rejets de saumure, très concentrés en sel, peuvent perturber les écosystèmes marins si leur dispersion n’est pas correctement encadrée. Le choix des sites d’implantation, les études d’impact et les protocoles de surveillance en mer sont déterminants pour éviter des dommages durables.
Gouvernance et maintenance
Au-delà du lancement des projets, la réussite dépend de la qualité d’exploitation et de maintenance : disponibilité des pièces, compétences locales, gouvernance claire entre opérateurs publics et privés, transparence des contrats et indicateurs de performance fiables.
Opportunités et retombées
Le développement du dessalement ouvre plusieurs perspectives :
- Sécurisation de l’approvisionnement en eau potable pour les zones urbaines côtières, réduisant la dépendance aux barrages.
- Soutien au développement agricole, notamment dans les régions semi-arides, grâce à une irrigation plus stable et planifiée.
- Dynamisation industrielle et technologique, avec l’émergence d’un écosystème local de maintenance, d’ingénierie et de formation dans le domaine du dessalement.
- Création d’emplois qualifiés dans les métiers de l’eau, de l’énergie et de l’environnement.
- Synergies avec la transition énergétique, puisque l’intégration des énergies renouvelables au dessalement contribue aux objectifs de décarbonation du Maroc.
Points de vigilance
- Maîtriser les coûts de production pour garantir la viabilité économique du modèle sur le long terme.
- Assurer la transparence dans les contrats et les concessions pour éviter les dérives financières et renforcer la confiance du public.
- Protéger les écosystèmes marins en appliquant des standards internationaux pour la gestion des rejets de saumure.
- Investir dans la recherche et le développement afin de renforcer la performance des membranes, réduire la consommation énergétique et favoriser le recyclage de l’eau.
Conclusion
Le dessalement est désormais une composante structurante de la politique de l’eau au Maroc. L’ambition nationale est claire : faire du dessalement un pilier durable de la sécurité hydrique.
Mais pour y parvenir, trois conditions sont essentielles : énergie compétitive, gouvernance exigeante et excellence environnementale. À ces conditions, le Maroc peut transformer le dessalement en un atout stratégique au service de son développement durable et de la résilience de ses territoires.
Sources : Le360, Médias24, Les Éco, TelQuel, Vert.eco