L’Égypte, acteur incontournable mais prudent
L’Égypte reste l’État arabe le plus directement concerné par une éventuelle stabilisation de Gaza. Le Caire possède l’une des plus grandes armées du monde arabe et une longue expérience des médiations israélo-palestiniennes. Cependant, l’envoi d’un contingent en territoire palestinien représenterait une décision hautement sensible, que l’Égypte n’accepterait probablement que dans le cadre d’un mandat clair, multinational et sous garantie internationale. La sécurité de la frontière de Rafah et la gestion de la crise humanitaire pourraient néanmoins la pousser à jouer un rôle central, même limité.
La Jordanie, partenaire stratégique mais politiquement exposée
La Jordanie dispose d’un corps militaire professionnel et expérimenté dans les missions de maintien de la paix de l’ONU. Ses forces spéciales et sa police militaire figurent parmi les plus respectées de la région. Toutefois, le contexte politique interne — marqué par la forte présence de populations d’origine palestinienne — rend sa participation complexe. Amman pourrait fournir des unités médicales, logistiques ou de commandement, mais un engagement combattant serait difficile à justifier.
Le Maroc, un candidat crédible pour un rôle de stabilisation
Fort de son expérience dans les missions onusiennes en Afrique et grâce à une armée solide, structurée et régulièrement déployée en opérations extérieures, le Maroc apparaît comme un contributeur potentiel sérieux. Rabat possède un savoir-faire précieux en matière de sécurisation, de logistique et d’ingénierie militaire. Sur le plan diplomatique, le Maroc entretient des relations équilibrées avec toutes les parties, ce qui renforcerait l’acceptabilité de son engagement dans une mission de paix arabe ou internationale.
Les Émirats arabes unis et le Qatar : soutien financier et capacités spécialisées
Les Émirats arabes unis disposent d’unités modernes et d’une forte expérience en coalition, notamment au Yémen. Ils pourraient contribuer à des missions de surveillance, de renseignement, de transport aérien ou de commandement.
Le Qatar, très présent diplomatiquement dans le dossier palestinien, pourrait jouer un rôle d’appui financier et de coordination humanitaire. Sa participation militaire serait probablement limitée à des unités non combattantes, mais son influence politique serait déterminante.
L’Arabie saoudite, un rôle possible dans un cadre régional élargi
Riyad, qui modernise rapidement ses forces armées, pourrait participer au financement, au commandement ou à l'encadrement stratégique d’une force de paix. Toutefois, l'engagement direct de troupes au sol reste peu probable sans une couverture internationale forte. L’Arabie saoudite privilégierait un cadre arabe multilatéral ou une mission placée sous mandat de l’ONU ou de la Ligue arabe.
L’Algérie et la Tunisie : des contributions limitées mais politiquement valorisées
L’Algérie, très engagée politiquement sur la question palestinienne, pourrait proposer un soutien symbolique ou logistique, mais son éloignement géographique et sa doctrine militaire non interventionniste limitent un véritable déploiement à Gaza.
La Tunisie pourrait offrir une assistance médicale ou humanitaire, mais ses capacités militaires actuelles ne permettent pas une présence significative dans un cadre sécuritaire complexe.
Quel format pour une force arabe à Gaza ?
Trois scénarios sont généralement évoqués dans les discussions diplomatiques :
– un contingent arabe multinational, piloté par quelques États majeurs (Égypte, Maroc, Émirats) ;
– une mission mixte ONU + Ligue arabe, à l’image d’autres opérations hybrides ;
– une force arabe non combattante, centrée sur la police civile, l’ingénierie, l’aide humanitaire et la sécurisation des axes.
Le facteur déterminant reste la question politique : aucun État arabe ne déploiera de troupes à Gaza sans mandat clair, garanties internationales et feuille de route crédible pour la reconstruction et la gouvernance.