Une vision ambitieuse : relier le Royaume par le rail
L’Office National des Chemins de Fer (ONCF) a dévoilé, en avril 2025, son Plan Ferroviaire National 2030, un projet colossal visant à moderniser et étendre le réseau marocain sur plus de 1 300 kilomètres de nouvelles lignes.
Ce plan s’inscrit dans la continuité du succès du TGV Al Boraq, inauguré en 2018, et dont la ligne Casablanca–Tanger transporte aujourd’hui plus de 4 millions de passagers par an.
L’objectif de cette nouvelle phase est clair : connecter toutes les grandes régions du pays, du Nord au Sud, et offrir une alternative durable au transport routier.
Parmi les priorités, figurent :
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Le prolongement du TGV jusqu’à Marrakech, puis Agadir,
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La création de lignes régionales Fès–Nador et Oujda–Tanger,
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Et la modernisation complète du réseau Est–Ouest reliant Casablanca à Oujda.
Ce chantier, estimé à 10 milliards de dollars, est financé par un partenariat public-privé incluant des bailleurs internationaux comme la Banque mondiale, la BAD et des opérateurs européens.
« Le train n’est pas seulement un moyen de transport, c’est un lien de cohésion et de développement », a déclaré Mohamed Rabie Khlie, directeur général de l’ONCF.
Le TGV marocain : symbole de modernité et catalyseur économique
Avec Al Boraq, le Maroc a été le premier pays africain à se doter d’un train à grande vitesse.
La seconde phase, Casablanca–Marrakech, longue de 350 km, réduira le trajet entre les deux villes à 1h15 au lieu de 3h30.
Ce projet devrait être suivi, à l’horizon 2030, par une extension vers Agadir — un défi technique majeur en raison du relief montagneux de l’Atlas.
Les retombées économiques sont considérables : développement du tourisme intérieur, création de zones logistiques, dynamisation du commerce interrégional.
Les estimations de l’ONCF prévoient la création de 20 000 emplois directs et indirects sur la durée du chantier.
À Tanger, la ligne TGV a déjà entraîné une hausse de 30 % du trafic touristique et une explosion du secteur hôtelier local.
Casablanca, quant à elle, profite d’un nouvel élan grâce à la gare de Casa-Voyageurs, devenue un véritable hub multimodal.
« Le rail, c’est la colonne vertébrale de la mobilité moderne », souligne l’économiste Fadoua El Azhari. « Il rapproche les territoires, stimule les investissements et redessine la carte du Maroc productif. »
Une réponse aux défis climatiques et énergétiques
Au-delà de la performance, ce plan s’inscrit dans une stratégie environnementale nationale.
Le transport ferroviaire est responsable de jusqu’à 80 % de CO₂ en moins que la route pour un même nombre de passagers.
L’ONCF prévoit de convertir progressivement son réseau à l’électricité verte, issue principalement des parcs solaires de Noor Ouarzazate et Midelt.
La flotte actuelle d’Al Boraq est déjà alimentée à près de 50 % par des énergies renouvelables — un chiffre qui devrait atteindre 100 % d’ici 2030.
Cette orientation s’inscrit dans la feuille de route « Maroc Vert Énergétique », qui ambitionne de faire du pays un leader africain de la mobilité durable.
Connecter les territoires : un enjeu d’équité et de cohésion
Le plan ferroviaire ne vise pas seulement à améliorer les déplacements. Il répond aussi à un objectif social : désenclaver les régions oubliées et renforcer la cohésion territoriale.
Les nouvelles lignes régionales, notamment Fès–Nador et Beni Mellal–Casablanca, permettront d’intégrer des zones à fort potentiel économique mais mal desservies.
Dans les zones rurales, des gares secondaires modernisées offriront un accès plus équitable à la mobilité et aux marchés.
Cette stratégie complète la politique de régionalisation avancée, en rapprochant les citoyens des grands centres urbains et administratifs.
L’État espère ainsi corriger les déséquilibres dénoncés depuis des années : infrastructures concentrées au littoral, services publics saturés, et sentiment d’abandon dans l’intérieur du pays.
Un chantier colossal, mais sous surveillance
La réussite du plan dépendra de la rigueur de son exécution.
Les retards et surcoûts du premier TGV avaient suscité des critiques, tout comme la maintenance coûteuse du matériel importé.
Cette fois, l’ONCF promet un pilotage plus transparent, avec des appels d’offres ouverts, un contrôle parlementaire régulier et la participation d’entreprises marocaines au processus industriel.
Plusieurs ingénieurs formés dans le cadre du programme Rail Academy Morocco participeront à la conception et à l’entretien des nouvelles lignes.
C’est une manière pour le Maroc d’allier souveraineté technologique et développement des compétences locales.
Conclusion : le rail comme symbole d’un Maroc en mouvement
Le projet ferroviaire 2030 n’est pas seulement un chantier d’infrastructure — c’est un projet de société.
Il incarne la volonté d’un pays de penser à long terme, de relier ses citoyens et de miser sur la durabilité.
Si les promesses se concrétisent, le Maroc pourrait devenir, d’ici la fin de la décennie, le premier réseau ferroviaire moderne et vert du continent africain.
Et peut-être, à travers le rail, tracer enfin les lignes d’un développement équilibré entre ses régions, son économie et son avenir.
Sources :
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Reuters — Morocco launches $10 billion rail expansion plan (avril 2025)
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ONCF — Plan Ferroviaire National 2030
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Banque mondiale — Transport durable et connectivité régionale au Maroc (2025)
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Medias24 — TGV Maroc : vers un maillage territorial à grande vitesse (octobre 2025)
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CESE — Mobilité et équité territoriale : rapport d’étape 2025