Quand le football devient un champ de bataille cognitif
Le match que personne ne voit, mais que tout le monde subit
La CAN 2025 restera comme une démonstration de maîtrise organisationnelle pour le Maroc. Infrastructures, sécurité, logistique, accueil : le pays a livré une performance solide, presque clinique.
Pendant ce temps, un autre terrain s’animait. Un terrain sans arbitres, sans règles, où les récits circulent plus vite que les faits. Dans cet espace numérique devenu zone grise, une guerre informationnelle s’est déployée. Discrète, méthodique, mais lisible pour qui observe les signaux faibles.
1. Une campagne pensée comme une séquence, pas comme une réaction
Les polémiques n’ont rien d’accidentel. Elles suivent une logique, une chronologie, une mise en scène.
Avant l’événement : installer le doute
Bien avant le coup d’envoi, des contenus annonçant un déplacement ou une annulation de la CAN ont circulé. Parmi eux, une vidéo deepfake imitant France 24, reproduisant son habillage visuel et son ton rédactionnel. La séquence a été relayée par des pages anonymes créées quelques jours plus tôt, puis amplifiée dans des groupes ciblés.
L’objectif était clair : fissurer la confiance, introduire un doute diffus, éroder la crédibilité du Maroc avant même que le tournoi ne commence.
Pendant la compétition : miner la légitimité
Chaque incident mineur a été amplifié, déformé ou sorti de son contexte. Des récits d’arbitrage biaisé, de failles sécuritaires ou de désorganisation ont tourné en boucle, repris par certains médias régionaux.
La méthode est connue. Saturer l’espace narratif pour imposer une impression de chaos, même lorsque les faits racontent autre chose.
Après la finale : provoquer le scandale
À la fin du tournoi, la campagne a changé de registre. Des accusations graves ont émergé, notamment d’agressions contre des ressortissants subsahariens. Certaines ont été accompagnées d’actions spectaculaires, comme le piratage d’affichages numériques.
Ces récits ont ensuite été amplifiés par des médias internationaux, souvent sans vérification préalable.
2. Les mécanismes d’une opération d’influence moderne
Les indices convergent vers une opération structurée.
Une coordination numérique trop nette pour être spontanée
Les marqueurs sont visibles : publications simultanées, contenus identiques, hashtags synchronisés, comptes créés juste avant les pics de diffusion. Ces schémas sont documentés dans les travaux de l’Union européenne et de l’OTAN sur la manipulation informationnelle.
Des identités usurpées pour simuler un mécontentement interne
De nombreux comptes prétendument marocains se connectaient en réalité depuis l’étranger, notamment depuis l’Algérie. L’objectif était limpide : fabriquer un mécontentement interne artificiel pour crédibiliser un récit hostile.
Une mécanique en trois temps : fabriquer, amplifier, valider
La méthode repose sur trois étapes : fabriquer des contenus trompeurs, amplifier via réseaux sociaux et botnets, valider grâce à des reprises médiatiques qui donnent une apparence de sérieux.
Comme le résume une formule attribuée à Mark Twain, un mensonge peut faire le tour du monde pendant que la vérité met encore ses chaussures.
3. Une opération qui dépasse les capacités d’acteurs isolés
Sans désigner un commanditaire, ce qui relève d’analyses forensiques, les moyens observés renvoient à des capacités institutionnelles. Synchronisation, persistance, maîtrise technologique, relais médiatiques : ce n’est pas le travail d’acteurs isolés.
4. Le maillon faible : une réponse marocaine trop lente, trop dispersée
La campagne hostile révèle surtout un déficit interne.
Une communication qui arrive après la bataille
Les démentis officiels sont souvent intervenus après la viralisation. Dans l’écosystème numérique, le retard n’est pas un détail. C’est une défaite.
Une perception installée ne se corrige pas avec un communiqué tardif.
L’absence d’une doctrine de communication de crise
Aucune cellule de réaction rapide. Aucune coordination visible entre institutions, médias et plateformes. Le silence institutionnel a laissé un vide narratif que d’autres ont occupé.
Des médias nationaux insuffisamment armés
Certains médias marocains ont relayé des informations non vérifiées, par manque de formation ou par recherche de visibilité. Cette vulnérabilité a servi de caisse de résonance involontaire à la campagne hostile.
5. Le relais français : une amplification transnationale
La séquence CAN 2025 révèle un autre phénomène : la manière dont certains médias français ont repris, parfois sans vérification, des récits initialement diffusés dans la sphère algérienne.
Le mécanisme est désormais rodé. Un récit émerge en Algérie, est repris et présenté comme crédible par un média français, puis réinjecté en Algérie comme validation européenne. Il ne s’agit pas d’une collusion, mais d’une convergence d’intérêts narratifs qui affaiblit la position marocaine dans l’espace médiatique européen.
RMC Sport
Multiplication de contenus polémiques dans la foulée de narratifs déjà viraux côté algérien. Le fait que son président soit franco‑algérien n’implique rien en soi, mais la répétition des cadrages interroge. Pourquoi ces angles se retrouvent‑ils systématiquement alignés avec des récits hostiles au Maroc ?
L’Équipe
Reprises rapides d’éléments non vérifiés, contextualisation minimale, angles souvent défavorables.
Une partie de la presse française dite “de gauche”
Un biais ancien : défiance envers les États, grille anti‑autoritaire, lecture asymétrique Maroc/Algérie. Résultat : une amplification mécanique de récits négatifs.
Une boucle de légitimation mutuelle
Récit algérien, reprise française, réinjection algérienne comme validation européenne. Une mécanique simple, efficace, dévastatrice pour l’image du Maroc.
Conclusion : la souveraineté se joue désormais dans le récit
La CAN 2025 rappelle une évidence : la souveraineté ne se joue plus seulement dans les chancelleries ou les armées. Elle se joue dans la capacité à défendre un récit national cohérent, crédible et réactif.
Le Maroc a remporté la bataille de l’organisation. Il lui reste à structurer celle de l’information.
Dans les guerres modernes, celui qui perd le récit perd l’initiative.
Hannah Arendt
« Le pouvoir naît là où les hommes agissent ensemble, mais il disparaît lorsqu’ils se divisent
Par GeoChérifien Maroc Defender