Madrid, 4 décembre 2025 — Le Palacio de la Moncloa s’est réveillé tôt ce matin sous une lumière froide d’hiver. Les délégations marocaine et espagnole y sont arrivées avec prudence, mais aussi avec l’air de ceux qui savent qu’une journée importante les attend. La 13ᵉ réunion de haut niveau entre les deux pays avait tout d’un moment charnière, tant les attentes accumulées étaient nombreuses.
Au centre de la table, Aziz Akhannouch et Pedro Sánchez ont affiché la volonté claire de donner un nouvel élan à une relation bilatérale qui, depuis deux ans, cherche à dépasser les turbulences du passé pour s’inscrire dans une logique d’alliance durable. Très vite, les échanges ont pris un ton pragmatique : ce sommet ne serait pas celui des formules, mais celui des engagements.
Les deux gouvernements ont finalement scellé 14 accords couvrant un large éventail de domaines. Modernisation administrative, coopération diplomatique, échanges culturels, fiscalité, gestion migratoire, pêche, agriculture, enseignement, transformation numérique… Rien ou presque n’a été laissé de côté. Chaque signature semblait dessiner davantage la silhouette d’un partenariat transversal, structuré, pensé pour durer.
En arrière-plan, un sujet plane toujours : celui du Sahara occidental. Sans être au cœur des discussions officielles, il continue de tracer une ligne de force dans la relation entre Rabat et Madrid. Le sommet de Madrid montre toutefois une volonté commune de dépasser les zones d’incertitude pour bâtir un dialogue fondé sur la confiance et l’interdépendance stratégique, notamment sur l’Atlantique et la gestion de l’espace aérien.
La veille encore, un forum économique réunissant entrepreneurs marocains et espagnols avait déjà donné le ton. Le Maroc se présente désormais comme un carrefour africain émergent, et l’Espagne comme une passerelle incontournable vers l’Union européenne. Les deux économies, en cherchant la complémentarité, tentent de construire un axe euro-méditerranéen à forte valeur ajoutée.
Rien n’est encore acquis — la réussite d’un tel rapprochement dépendra de la mise en œuvre réelle de ces 14 accords, de la capacité des administrations à suivre, et de la solidité de la coopération politique sur le long terme. Mais ce jeudi à Madrid, une impression dominait : celle que le Maroc et l’Espagne ont décidé de regarder dans la même direction, du moins pour les années à venir.