Depuis plusieurs années, mais de manière plus visible encore à partir de 2018, le Maroc a enclenché un vaste mouvement de réhabilitation de ses médinas historiques. Ce chantier, impulsé au plus haut niveau de l’État, combine une logique de sauvegarde architecturale et une volonté de redynamisation économique. Dans plusieurs grandes villes, les programmes arrivent aujourd’hui à une phase décisive, avec des réalisations visibles et des chiffres qui témoignent de l’ampleur des investissements consentis.
La médina de Fès, symbole du patrimoine urbain du Royaume, illustre cette montée en puissance. Entre 2010 et 2025, les différents programmes de mise en valeur ont mobilisé un total d’environ 3 milliards de dirhams. Concrètement, près de 399 projets ont été réalisés et plus de 4.600 bâtisses menaçant ruine ont été traitées, ce qui a directement impacté la vie de dizaines de milliers d’habitants. Les interventions ont concerné des monuments historiques majeurs, des lieux de culte, des équipements de bien-être et des espaces commerciaux et artisanaux, avec pour objectif de préserver la trame urbaine tout en sécurisant les populations et en soutenant les métiers traditionnels.
À Meknès, un programme spécifique de réhabilitation et de valorisation de la médina est doté d’une enveloppe de 800 millions de dirhams. Il couvre 54 sites et se structure autour de plusieurs axes. D’un côté, la restauration de monuments emblématiques comme le Palais Mansour, des portes historiques, des murailles, des borjs, des mosquées et une médersa. De l’autre, l’amélioration de l’accessibilité avec l’aménagement de parkings totalisant environ 800 places, et la création de circuits touristiques dédiés. À cela s’ajoute la réhabilitation de fondouks, de kissariats et de fontaines, ainsi que des équipements de proximité destinés à soutenir l’animation économique dans la médina.
D’autres médinas historiques bénéficient également d’un traitement d’ensemble. À Marrakech, un programme de mise en valeur lancé en 2018 représente un investissement de l’ordre de 484 millions de dirhams, avec une cinquantaine de projets portant sur les voiries, les espaces publics, les façades, les monuments et les équipements de proximité. Dans le même temps, un autre paquet d’investissements, dépassant 2,3 milliards de dirhams, a été engagé pour les médinas de Salé, Meknès, Tétouan et Essaouira, à travers des conventions de réhabilitation et de valorisation qui visent à la fois la préservation du bâti, l’amélioration des conditions de vie et la création d’opportunités économiques.
À Essaouira, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, un programme complémentaire sur la période 2019-2023 a ciblé la restauration des remparts, des portes, des bastions, des équipements collectifs et de nombreux bâtiments présentant des signes de dégradation. L’objectif est double : préserver la valeur patrimoniale exceptionnelle de la cité tout en renforçant son attractivité touristique et culturelle. Dans plusieurs de ces villes, les projets incluent aussi la réhabilitation de synagogues, de zaouïas, de mosquées et de lieux de mémoire, traduisant la volonté d’inscrire ces interventions dans une lecture inclusive du patrimoine marocain.
Au-delà des chiffres, ces programmes modifient la réalité quotidienne des médinas. La consolidation des bâtisses permet de réduire les risques d’effondrement et de sécuriser les habitants. La restauration de monuments historiques et de places publiques redonne de la cohérence aux parcours urbains. L’aménagement de circuits touristiques et de parkings facilite l’accès aux visiteurs, tout en essayant de limiter la pression sur les ruelles les plus fragiles. Dans certaines villes, ces interventions s’accompagnent de dispositifs d’accompagnement des artisans et commerçants, afin qu’ils puissent tirer profit de la nouvelle dynamique.
Ces chantiers s’inscrivent enfin dans un mouvement plus large de transformation des villes historiques. À Rabat, par exemple, la réhabilitation du tissu ancien s’est greffée à un vaste programme urbain estimé à près de 9 milliards de dirhams, combinant valorisation du patrimoine, aménagement des berges, infrastructures culturelles et mobilité. L’enjeu est d’éviter que les médinas ne deviennent des musées à ciel ouvert déconnectés de la vie réelle, en les intégrant au développement global des agglomérations.
Si le défi reste immense, notamment face au nombre de bâtiments anciens fragilisés par le temps, la récurrence des programmes engagés et les montants mobilisés marquent une rupture. Le Maroc ne se contente plus de restaurer à la marge quelques monuments isolés ; il traite désormais ses médinas comme des ensembles vivants, où patrimoine, habitat, commerce et tourisme doivent trouver un nouvel équilibre. Les prochaines années diront dans quelle mesure ces investissements auront permis de concilier préservation de l’âme des lieux et amélioration durable des conditions de vie de ceux qui y habitent.