Plan d’autonomie marocain : vers un statut organique structuré et constitutionnalisé

Par Youssef Boulayoun • 12 févr. 2026, 14:46 • 6 min de lecture • Maroc
Plan d’autonomie marocain : vers un statut organique structuré et constitutionnalisé

Inspiré de l’initiative de 2007 mais profondément restructuré, le nouveau plan d’autonomie marocain propose une architecture normative complète : répartition précise des compétences, institutions régionales élues, contrôle constitutionnel, mécanismes financiers encadrés et garanties explicites de souveraineté.

Une transformation juridique majeure du plan de 2007

Comme l’a récemment exposé le juriste et analyste Simon Mohamed Dinia Mekouar, le document actuellement discuté marque une évolution significative par rapport à l’initiative transmise aux Nations unies en 2007.

Il ne s’agit plus d’un cadre politique général, mais d’un texte structuré article par article, doté :

de définitions normatives précises

de clauses d’interprétation

de dispositions transitoires

de mécanismes de contrôle

d’un système d’articulation constitutionnelle

L’ensemble rapproche ce projet d’un véritable statut organique comparable à certains régimes d’autonomie européens.

Une répartition des compétences juridiquement encadrée

Le texte adopte une méthode mixte :

Une liste fermée des compétences exclusives de l’État

Une liste détaillée des compétences régionales

Une clause de subsidiarité strictement encadrée

Les compétences régaliennes demeurent strictement nationales :

Défense

Sécurité stratégique

Politique étrangère

Représentation diplomatique

Monnaie et politique monétaire

Nationalité

Symboles de souveraineté

Ordre juridictionnel suprême

Ces domaines sont exclus de toute compétence régionale, même partagée.

En parallèle, la Région autonome exercerait un pouvoir normatif dans des secteurs clés :

Aménagement du territoire

Développement économique

Tourisme et industrie

Ressources halieutiques

Santé

Éducation

Environnement

Infrastructures hydrauliques et énergétiques

Promotion culturelle

Le principe de loyauté constitutionnelle est explicitement inscrit : toute autorité régionale agit dans le respect de l’unité de l’État et de la cohérence nationale.

Un Parlement régional à double légitimité

Le projet prévoit une assemblée monocamérale composée :

de membres élus au suffrage universel direct

de représentants désignés par les tribus sahraouies reconnues

Des quotas obligatoires garantissent la représentation féminine.

Le Parlement régional disposerait d’un véritable pouvoir législatif dans son champ de compétence, avec la possibilité d’adopter des lois organiques régionales à majorité qualifiée.

Par ailleurs, les élus de la Région continueraient de siéger au Parlement national, assurant l’intégration institutionnelle complète.

Un Conseil économique, social et environnemental régional serait également institué avec un rôle consultatif obligatoire sur le budget.

Un exécutif régional sous investiture royale

L’exécutif régional serait dirigé par un Chef du Gouvernement investi formellement par le Roi.

Ce mécanisme, qui constitue l’un des points sensibles des négociations, vise à éviter la formation d’un centre exécutif concurrent des institutions nationales.

Le Chef du Gouvernement régional disposerait :

du pouvoir réglementaire régional

de l’initiative législative

de l’autorité administrative

du pouvoir de nomination des hauts responsables régionaux

Sa responsabilité pourrait être engagée par une motion de censure constructive.

Il exercerait également une fonction de relais institutionnel entre la Région et l’État central.

Un ordre juridictionnel régional encadré

Le texte prévoit :

des tribunaux régionaux statuant au nom du Roi

un tribunal régional supérieur compétent en dernier ressort en matière régionale

un mécanisme de règlement des conflits État–Région via une commission paritaire préalable

un contrôle constitutionnel national en cas de conflit normatif

L’architecture garantit que l’autonomie s’exerce dans le cadre du bloc constitutionnel marocain.

Un régime financier structuré et contrôlé

Le système financier régional reposerait sur :

des ressources fiscales propres

des redevances sur ressources naturelles

une part déterminée des recettes nationales générées localement

Un mécanisme de discipline budgétaire limiterait tout risque de dérive.

Les investissements étrangers seraient soumis à une double validation régionale et nationale, garantissant la cohérence stratégique et la souveraineté économique.

Réconciliation, retour et transition

Le texte prévoit des mécanismes précis pour :

l’enregistrement des populations issues des camps de Tindouf

l’organisation du retour volontaire

des procédures de vérification d’identité

des mécanismes de recours

un dispositif de désarmement et réintégration encadré

une amnistie excluant les crimes relevant du droit international

Validation démocratique et constitutionnalisation

Le statut serait :

soumis à référendum national

intégré dans la Constitution via un titre spécifique

protégé par une clause d’intangibilité

révisable uniquement selon une procédure renforcée

Son activation serait articulée avec la régionalisation avancée nationale afin d’éviter toute rupture d’égalité territoriale.

Identité et garanties de souveraineté

Les symboles nationaux demeurent de compétence exclusive de l’État.

L’identité hassanie est reconnue comme composante du patrimoine marocain, avec la création d’un institut régional dédié.

Les forces de sécurité régionales seraient limitées à la police administrative locale.

Aucune diplomatie parallèle ne serait autorisée.

Une clause d’irréversibilité exclut toute interprétation conduisant à la sécession.

Une autonomie encadrée, sans dilution de souveraineté

Au total, le projet décrit par Simon Mohamed Dinia Mekouar dessine un modèle d’autonomie approfondie mais constitutionnellement verrouillée.

L’objectif affiché est double :

Accorder une gestion régionale élargie

Garantir l’unité institutionnelle et stratégique du Royaume

Le texte prévoit enfin un mécanisme d’évaluation quinquennale afin d’ajuster le fonctionnement du statut dans le temps.

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