Le Conseil de gouvernement a validé à Rabat un projet considéré comme l’un des plus ambitieux jamais engagés dans le domaine de la mobilité propre au Maroc. L’axe reliant Salé, Rabat et Témara sera désormais desservi par une nouvelle ligne de bus entièrement électriques. Celle-ci s’inscrit dans la vision nationale « transport durable 2030 », qui vise à réduire la dépendance énergétique, améliorer la qualité de l’air et accélérer la transition vers des infrastructures écologiques. La validation officielle du projet lui confère une dimension stratégique, notamment pour une région qui figure parmi les zones les plus denses du pays en déplacements quotidiens.
Les autorités ont annoncé l’acquisition et l’exploitation d’une flotte composée de trente bus électriques. Ces véhicules, conçus pour desservir un corridor interurbain, disposent d’une autonomie élevée adaptée aux besoins de circulation entre Salé, Rabat et Témara. Les trois villes forment le cœur administratif et économique de la région Rabat-Salé-Kénitra, où près de trois millions de déplacements sont enregistrés quotidiennement selon les données des collectivités locales. L'arrivée d’une flotte électrique contribuera à réduire la pression sur les axes principaux, en particulier l’avenue Hassan II, l’avenue Mohammed VI et le pont Hassan II, régulièrement saturés aux heures de pointe.
Le déploiement de ces bus ne se limite pas à l’achat de véhicules. Le projet inclut également la création de dépôts conçus pour accueillir et recharger l’ensemble de la flotte. Les autorités ont précisé que ces dépôts seront équipés d’installations photovoltaïques destinées à fournir une partie de l’énergie nécessaire à l’exploitation quotidienne. Ce choix marque une évolution notable par rapport aux infrastructures classiques, car il combine deux axes prioritaires de la transition énergétique : la mobilité électrique et la production d’énergie solaire. Les dépôts seront implantés dans des zones stratégiques afin de réduire le temps mort des véhicules et d’optimiser les cycles de charge.
La ville de Rabat a déjà amorcé sa transformation vers une mobilité plus durable ces dernières années. L’introduction de bus électriques s’ajoute au réseau de tramway Salé-Rabat mis en service en 2011, qui transporte aujourd’hui plus de 220 000 personnes par jour. Le tramway a joué un rôle déterminant dans la réduction du trafic automobile entre les deux rives du Bouregreg, mais la croissance démographique et l’expansion urbaine ont rendu nécessaire un dispositif complémentaire, plus flexible et couvrant un périmètre plus large. Les bus électriques, plus maniables et moins coûteux à déployer qu’une extension du tram, répondent précisément à cette exigence.
L’axe Salé–Rabat–Témara est considéré comme l’un des plus importants corridors de mobilité du pays. Salé, ville en pleine expansion démographique, envoie chaque matin des dizaines de milliers de travailleurs vers Rabat. La capitale concentre quant à elle l’essentiel des administrations, des ministères et des sièges institutionnels. Témara, de son côté, accueille de plus en plus de ménages attirés par l’urbanisation croissante du littoral sud. Le projet de ligne électrique a donc été pensé pour fluidifier les échanges entre ces trois pôles, tout en réduisant la dépendance aux véhicules particuliers, responsables d’une grande partie de la congestion.
Selon les premières estimations des communes, l'introduction de trente bus électriques pourrait permettre une réduction annuelle significative des émissions de CO₂, un objectif aligné avec les engagements climatiques du Maroc. Les véhicules auront également un impact direct sur la pollution sonore, car leur fonctionnement est nettement plus silencieux que celui des bus thermiques classiques. Les responsables municipaux affirment que ce projet représente une première étape vers un réseau plus large d’électrification des lignes de bus de l’agglomération.
La mise en service de la ligne est attendue après la finalisation des travaux d’aménagement et des essais techniques. Les autorités indiquent que les premières livraisons des bus pourraient intervenir dans les prochains mois, avant une montée en puissance progressive. La construction des dépôts solaires constitue l’un des points essentiels du calendrier, car elle conditionne la capacité réelle de la flotte à fonctionner sans dépendre exclusivement du réseau électrique traditionnel.
En validant ce projet, le gouvernement confirme sa volonté de faire de Rabat un modèle national de mobilité durable. La capitale, déjà engagée dans des programmes de requalification urbaine et d’amélioration des infrastructures publiques, franchit ainsi une étape supplémentaire vers une modernisation complète de son réseau de transport. L’initiative renforce également la position du Maroc dans la région MENA en tant que pays pionnier dans la transition énergétique, un domaine où il multiplie les projets innovants, du solaire à la mobilité électrique.