Résolution 2797 : le Conseil de sécurité consacre le plan d’autonomie marocain et isole Alger

Par Youssef Boulayoun • 01 nov. 2025, 18:54 • 7 min de lecture • Monde
Résolution 2797 : le Conseil de sécurité consacre le plan d’autonomie marocain et isole Alger

La résolution 2797 adoptée par le Conseil de sécurité marque un tournant diplomatique majeur dans le dossier du Sahara. C’est officiellement une résolution de renouvellement du mandat de la MINURSO, la mission onusienne déployée depuis 1991. Mais, politiquement, c’est bien plus que cela. Pour la première fois, le Conseil présente clairement l’initiative d’autonomie proposée par le Maroc comme la voie réaliste et sérieuse vers une solution “durable, juste et mutuellement acceptable”, et appelle les parties à négocier sur cette base, sans préconditions.

Le vote lui-même raconte l’état du rapport de force. Le texte est passé avec 11 voix pour. Aucun veto, aucun vote contre. La Russie, la Chine et le Pakistan se sont abstenus. L’Algérie, soutien direct du Front Polisario, a pris la décision politiquement spectaculaire de ne pas participer au vote. Son choix d’“absence volontaire” l’a isolée au moment précis où la discussion se jouait au niveau le plus élevé du système multilatéral. Plusieurs observateurs y voient un geste d’auto-marginalisation : Alger a préféré se retirer du cadre plutôt que d’assumer publiquement un vote négatif face aux États-Unis, à la France, au Royaume-Uni et à une majorité de membres africains et latino-américains du Conseil.

Sur le fond, la résolution 2797 renouvelle la MINURSO pour un an. C’est important à souligner, parce que certains signaux laissaient entendre que le mandat pourrait être limité à six mois, comme cela a déjà été le cas dans le passé lorsque le Conseil voulait mettre la pression sur les parties. Le choix d’un renouvellement de douze mois revient donc à envoyer un double message : d’un côté, stabilité opérationnelle pour la mission sur le terrain ; de l’autre, accélération politique au niveau diplomatique. Le Conseil ne veut plus d’un statu quo sans horizon. Il veut une issue. Et cette issue, il la formule désormais en des termes très proches de la position marocaine.

Le texte insiste en effet sur le fait que l’autonomie sous souveraineté marocaine n’est plus simplement “crédible et sérieuse” – une formule qui revenait souvent depuis 2007 – mais qu’elle constitue la base de travail. Dans le langage onusien, c’est une nuance lourde. Avant, l’autonomie marocaine était “une option parmi d’autres”. Aujourd’hui, elle devient “l’option autour de laquelle on construit la sortie de crise”. C’est une consolidation diplomatique de la trajectoire amorcée depuis que plusieurs capitales, dont Washington, Paris et Londres, ont exprimé publiquement qu’elles considéraient l’autonomie proposée par Rabat comme la solution la plus réaliste.

Ce positionnement fragilise frontalement le narratif du Front Polisario, qui continue d’exiger un référendum d’autodétermination incluant l’option d’indépendance. Le Conseil de sécurité ne reprend plus cette logique comme horizon prioritaire. Il parle d’une solution politique négociée, mutuellement acceptable, dans le cadre du plan marocain. Les dirigeants du Polisario ont immédiatement dénoncé la résolution, affirmant qu’elle “sape le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination” et qu’elle sert “l’agenda expansionniste du Maroc avec l’appui de certaines puissances”.

Mais il faut lire la résolution avec attention : pour éviter un veto russe ou chinois, le texte conserve aussi certaines formules classiques sur “une solution juste et durable” et sur “l’engagement à tenir compte des aspirations du peuple du Sahara”. C’est la concession obtenue par les membres les plus réticents du Conseil et par Alger. Dit autrement : Washington a poussé pour une reconnaissance explicite du plan marocain comme base centrale. Moscou, Pékin et Alger ont tout fait pour maintenir dans le texte une référence au principe de l’autodétermination. Le résultat final reflète ce bras de fer. Le balancier penche clairement côté Rabat, mais il n’évacue pas entièrement le langage historique onusien.

Ce qui change en revanche de manière presque irréversible, c’est la mise en scène des acteurs. Pendant des années, la diplomatie algérienne a joué une ligne officielle : “Nous ne sommes pas partie au conflit, c’est une question entre le Maroc et le Polisario.” Cette position lui servait pour refuser d’être nommément impliquée dans un processus de négociation directe. Or la résolution 2797 appelle explicitement toutes les parties prenantes régionales à participer “sans conditions préalables” au processus politique piloté par l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura. Traduction diplomatique : l’Algérie est appelée à s’asseoir à la table en tant qu’acteur, pas en tant que spectateur. C’est précisément ce que l’Algérie refuse d’assumer publiquement, et c’est l’une des raisons politiques derrière son choix de ne pas voter.

Le texte envoie aussi un signal sur le rôle des États-Unis. Washington est le “penholder”, c’est-à-dire le rédacteur principal des résolutions sur le Sahara au Conseil de sécurité. Cette fois, les Américains ont fait un pas supplémentaire : ils ne se sont pas contentés de gérer le renouvellement technique de la MINURSO, ils ont poussé une formulation qui aligne le Conseil sur la doctrine américaine actuelle, à savoir que l’autonomie marocaine est la solution la plus crédible pour clore un conflit vieux de près d’un demi-siècle. Les États-Unis indiquent également être prêts à accueillir des discussions pour soutenir la médiation onusienne. C’est une façon de se poser en parrain politique du règlement final.

Pour le Maroc, c’est une victoire stratégique. Rabat obtient du Conseil de sécurité une reconnaissance publique que sa proposition de 2007 n’est plus seulement “intéressante diplomatiquement”, mais qu’elle est devenue la base du scénario de sortie. Le Royaume peut désormais dire : ce n’est pas uniquement notre plan national, c’est la grille de lecture officielle de la communauté internationale la plus puissante en matière de sécurité et de paix. Cette évolution renforce la posture marocaine sur trois niveaux : interne (légitimité souveraine), régional (rapport de force face à Alger) et international (acceptation croissante du rattachement du Sahara sous souveraineté marocaine).

Pour l’Algérie, c’est plus compliqué. Alger se retrouve devant un dilemme : soit elle reste à l’écart et elle laisse le Maroc et les États-Unis cadrer le processus, soit elle accepte d’être officiellement considérée comme partie prenante, ce qui revient à abandonner la fiction diplomatique des dernières décennies. D’où cette attitude paradoxale lors du vote : refuser de voter pour ne pas cautionner le texte, mais ne pas assumer un vote contre pour ne pas apparaître frontalement isolée face au bloc occidental. C’est une posture d’auto-immolation symbolique : beaucoup d’analystes parlent d’un “auto-da-fé diplomatique”.

Reste une question : est-ce que cette résolution règle le conflit ? Non. Elle ne règle rien sur le terrain militaire à court terme. Le Polisario a déjà fait savoir qu’il continuera sa “lutte”, et les escarmouches à l’est du mur de défense marocain n’ont pas disparu depuis la reprise des hostilités en 2020. Elle ne règle rien non plus sur les dimensions humanitaires (séparation des familles, circulation, conditions dans les camps de Tindouf, exploitation des ressources). Mais elle modifie l’équilibre politique. Pour la première fois, le Conseil de sécurité dit clairement où il veut aller, et ce n’est plus vers un référendum binaire indépendantiste / rattachement. C’est vers une autonomie encadrée sous souveraineté marocaine, négociée et garantie au niveau international.

Conclusion provisoire : la résolution 2797 ne met pas fin au dossier du Sahara, mais elle referme une époque. Pendant près de cinquante ans, le mot-clé était “autodétermination par référendum”. À partir de maintenant, le mot-clé devient “autonomie”. C’est exactement ce que Rabat cherchait, et c’est exactement ce que l’Algérie voulait empêcher.

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