Sa Majesté et la retenue souveraine : pourquoi la dissolution n’est pas d’actualité

Par Maroc Defender • 06 oct. 2025, 18:33 • 6 min de lecture • Maroc
Sa Majesté et la retenue souveraine : pourquoi la dissolution n’est pas d’actualité

face aux tensions sociales, pourquoi le Roi du Maroc n'use-t-il pas de son pouvoir pour dissoudre le gouvernement ?

Cadre constitutionnel et distinction des mécanismes

La Constitution de 2011 organise clairement la séparation des rôles. L’article 47 prévoit que Sa Majesté le Roi nomme le Chef du Gouvernement issu du parti arrivé en tête des élections législatives. L’article 105 confie au Parlement la possibilité de renverser le gouvernement par une motion de censure, adoptée à la majorité absolue. L’article 51 autorise Sa Majesté le Roi à mettre fin aux fonctions d’un ou plusieurs ministres, mais pas à dissoudre le gouvernement dans son ensemble. La dissolution du Parlement, prévue à l’article 96, est une mesure exceptionnelle, réservée aux blocages institutionnels graves. Intervenir systématiquement affaiblirait la logique constitutionnelle et la continuité de l’État.

Dimension historique et comparée

L’histoire politique marocaine rappelle que la dissolution n’est pas un outil de gestion courante mais une arme de dernier recours. Hassan II y a eu recours en 1965, lors de l’état d’exception, dans un contexte de crise majeure. Depuis, la monarchie a privilégié la stabilité et la continuité. Comparativement, dans d’autres monarchies constitutionnelles, la dissolution reste rare : en Espagne, elle a été utilisée pour débloquer des impasses parlementaires, tandis qu’au Royaume‑Uni, elle a longtemps été un instrument politique mais son usage s’est progressivement encadré. Cette perspective montre que Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’inscrit dans une tradition de retenue, où la dissolution est l’ultime recours, non un réflexe.

Contexte socio‑économique chiffré

Le Maroc traverse des tensions réelles sur le plan économique et social. L’inflation annuelle moyenne a atteint 6,1 % en 2023 (Haut‑Commissariat au Plan), et le taux de chômage des jeunes (15–24 ans) avoisine 35–36 %. Ces chiffres expliquent l’exaspération sociale mais ne constituent pas, à eux seuls, un blocage institutionnel au sens constitutionnel. Par ailleurs, les baromètres de confiance montrent une défiance notable envers les partis politiques : selon le CESE, moins d’un quart des citoyens déclarent leur faire confiance. Ce déficit de crédibilité fragilise la représentation mais ne justifie pas une dissolution immédiate.

Dimension internationale et géopolitique

La retenue de Sa Majesté le Roi s’explique aussi par une lecture internationale. Le Maroc attire plus de 3 milliards de dollars d’investissements directs étrangers par an (Banque mondiale, 2023). Une dissolution brutale pourrait inquiéter les investisseurs et brouiller l’image de stabilité qui distingue le Royaume dans une région marquée par l’instabilité chronique du Sahel et les tensions maghrébines. La continuité institutionnelle est donc aussi un message adressé aux partenaires internationaux : le Maroc reste un État fiable, où Sa Majesté le Roi garantit la stabilité au‑delà des turbulences politiques internes.

Stratégie royale : patience, pédagogie et mise à l’épreuve des institutions

La retenue de Sa Majesté le Roi traduit une posture stratégique. En laissant les institutions fonctionner, Sa Majesté le Roi teste leur capacité d’autorégulation, oblige partis et corps intermédiaires à assumer leurs responsabilités et préserve la continuité de l’État. Cette patience est une pédagogie politique : elle enjoint aux acteurs de démontrer leur maturité plutôt que de s’en remettre à une solution externe. Dissoudre trop vite signifierait renoncer à cette exigence de responsabilité collective. Le discours du Trône de 2022 illustre cette ligne : « Nous avons besoin d’élites politiques crédibles, capables de porter les attentes des citoyens et de proposer des solutions réalistes. »

GenZ212 et les défis de la structuration politique Les mobilisations de la jeunesse expriment une énergie et une urgence légitimes mais pâtissent d’un déficit de structuration revendicative et de relais institutionnels. Sans plateformes claires ni leadership identifiable, il est difficile d’engager des négociations durables qui permettraient une réponse politique incarnée. Le choix de Sa Majesté le Roi de ne pas substituer la dissolution au dialogue incite à la création de canaux organisés : assemblées citoyennes, plateformes de revendication, médiations institutionnelles et initiatives locales de co‑construction. Le CESE, dans son rapport 2023, souligne que « la jeunesse marocaine exprime une forte volonté de participation, mais se heurte à un manque de canaux structurés ».

Conséquences politiques et scénarios souhaitables

Maintenir la ligne de retenue ouvre trois voies constructives : renforcer les mécanismes parlementaires de contrôle et d’expression ; responsabiliser les partis et élites politiques pour qu’ils offrent des alternatives crédibles ; encourager la structuration des mouvements sociaux en interlocuteurs clairs. Une dissolution n’a de sens que si elle répond à un blocage formel durable et à une impossibilité manifeste de gouverner. Tant que ce cas de figure n’est pas établi, la prudence de Sa Majesté le Roi vise à préserver l’intérêt général. 

Conclusion

Le silence de Sa Majesté le Roi n’est ni indifférence ni faiblesse. C’est un choix politique qui privilégie la stabilité, la maturation des acteurs et la continuité de l’État. À la société marocaine de transformer l’énergie en institutions reconnues, aux partis de proposer des réponses tangibles et aux journalistes de rendre lisible ce travail de maturation. Dissoudre, c’est gouverner par le geste. Ne pas dissoudre, c’est gouverner par la gravité.

✍️ Rédigé par : Maroc Defender – @Empirechrifien1

 
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