Safi frappée par des crues-éclair meurtrières : 37 morts, enquête judiciaire ouverte, et un front pluvio-neigeux attendu dès cette nuit dans plusieurs villes

Par Youssef Boulayoun • 15 déc. 2025, 12:47 • 5 min de lecture • Maroc
Safi frappée par des crues-éclair meurtrières : 37 morts, enquête judiciaire ouverte, et un front pluvio-neigeux attendu dès cette nuit dans plusieurs villes

Safi panse ses plaies après une crue-éclair meurtrière. Les autorités annoncent 37 morts et une enquête judiciaire. Les prochaines heures restent sous tension: une nouvelle séquence de pluies, puis de neige et de vents forts, concerne une large partie du pays dès cette nuit.

Une heure de pluie, une ville submergée

Dans la soirée du dimanche 14 décembre, Safi a été frappée par un épisode de précipitations d’une intensité rare, concentré sur un laps de temps très court. En quelques dizaines de minutes, des torrents d’eau ont dévalé les rues, envahi des habitations et des commerces, et emporté des véhicules, transformant certains axes en couloirs de crue. Les images circulant en ligne montrent des voitures immobilisées, partiellement submergées, et des habitants tentant d’évacuer à pied dans des courants rapides.

Selon les autorités relayées par des médias nationaux et internationaux, environ 70 habitations et commerces auraient été inondés, et une dizaine de véhicules emportés ou déplacés par la force des eaux. Le bilan humain provisoire, actualisé lundi 15 décembre, fait état d’au moins 37 décès. Plusieurs blessés ont été pris en charge, tandis que les opérations de secours et de recherche se sont poursuivies dans la province, notamment dans les zones où des routes ont été coupées par les eaux.

Un bilan humain qui s’alourdit, des services publics perturbés

La hausse du bilan, au fil des heures, illustre la brutalité des crues-éclair: elles surviennent vite, laissent peu de temps pour se mettre à l’abri, et frappent de manière très localisée mais extrêmement destructrice. À Safi, la perturbation s’est répercutée sur la vie quotidienne, avec des interruptions de circulation, des difficultés d’accès à certains quartiers et, selon des décisions annoncées localement, la suspension temporaire des cours dans la province, le temps d’évaluer l’état des infrastructures et de sécuriser les trajets des élèves.

Enquête judiciaire: déterminer les causes et les responsabilités

Face à l’ampleur du drame, le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Safi a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire, confiée à la police judiciaire. L’objectif affiché est de déterminer les causes réelles de l’incident, d’établir le déroulé précis des faits et d’identifier d’éventuelles responsabilités, notamment sur la prévention des risques, l’aménagement, l’entretien des ouvrages d’évacuation et les conditions de sécurité dans les zones exposées.

Cette annonce intervient alors que la question de la vulnérabilité urbaine aux épisodes extrêmes revient régulièrement: intensification des pluies, sols durcis par des séquences de sécheresse, saturation rapide des réseaux d’assainissement, et urbanisation qui peut accroître le ruissellement. L’enquête devra préciser si la catastrophe relève uniquement de l’aléa météorologique ou si des facteurs aggravants ont amplifié ses effets.

Ce qui arrive “à partir de cette nuit” dans d’autres villes: pluie, puis neige et rafales

Alors que Safi gère l’urgence, une nouvelle dégradation est attendue dès la soirée du lundi 15 décembre. D’après les bulletins d’alerte, des pluies parfois orageuses sont annoncées à partir de 20h et jusqu’au mardi après-midi, touchant un arc très large allant du nord (Rif et régions proches) jusqu’au centre et à l’Atlantique, avec des cumuls significatifs sur plusieurs provinces, dont Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Fès-Meknès et Marrakech-Safi.

À partir de mardi, le risque s’étend aussi à la neige en montagne (à partir de 1.400 m) et à des rafales de vent pouvant être fortes dans des provinces de l’Atlas et du Sud-Est, avec un impact possible sur la circulation, les liaisons routières en altitude et les activités exposées au vent. Dans le Nord, les autorités éducatives ont déjà annoncé des suspensions ponctuelles de cours à Tétouan, signe d’une vigilance renforcée face au risque d’inondations localisées et de perturbations.

Dans ce contexte, la séquence qui débute cette nuit impose une prudence particulière sur trois points: la traversée des axes susceptibles de se transformer en oueds temporaires, l’évitement des zones en contrebas et des sous-sols lors d’averses intenses, et l’anticipation des perturbations de transport dans les secteurs montagneux si la neige et le vent se renforcent.

Une question nationale: prévention, alerte, résilience

Le choc de Safi rappelle qu’un épisode bref peut suffire à provoquer des dégâts majeurs, surtout lorsque l’eau ruisselle rapidement vers des points bas. La gestion de crise se joue alors sur l’alerte, la capacité d’évacuation, la lisibilité des consignes, et la résilience des infrastructures. L’ouverture d’une enquête judiciaire place désormais le drame sur un terrain de vérité et de responsabilités, au-delà de l’émotion, alors que le pays s’apprête à traverser une nouvelle nuit sous vigilance météo.

Partager : X Facebook LinkedIn