Soudan : le pays plongé dans la pire crise humanitaire au monde

Par Ibrahima Diop • 31 oct. 2025, 13:26 • 4 min de lecture • Monde
Soudan : le pays plongé dans la pire crise humanitaire au monde

Sous les bombes, la faim et les massacres, un peuple entier disparaît dans l’indifférence. Des villes assiégées, des maternités bombardées, des enfants privés d’eau et de soins. Pendant que le monde regarde ailleurs, le Soudan vit la pire tragédie humanitaire de notre époque.

 

Une guerre interne aux conséquences dramatiques

Alors que le Soudan vit ce que l’ONU qualifie de pire crise humanitaire mondiale, les violences redoublent. Depuis dimanche, les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, sont accusées d’avoir exécuté plus de 2 000 civils non armés dans la ville d’El-Fasher, au Darfour-Nord.

Un pays marqué par des décennies d’instabilité

Situé au sud de l’Égypte, le Soudan compte près de 50 millions d’habitants et a connu une trentaine de coups d’État depuis son indépendance en 1956.
En 2019, la chute du dictateur Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989, avait suscité un espoir de transition démocratique. Mais ce fragile équilibre a été brisé en 2021, lorsque l’armée a de nouveau pris le pouvoir.

Deux figures dominent depuis le paysage politique et militaire :
Le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée régulière, et le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, à la tête des Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice paramilitaire.

En avril 2023, un désaccord entre les deux hommes a dégénéré en un conflit armé total. L’armée contrôle désormais le nord et l’est du pays, tandis que les FSR dominent le Darfour et le sud.

El-Fasher, nouvelle tragédie du conflit

Après 18 mois de siège, les FSR ont annoncé avoir pris le contrôle de la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord. La population, privée de nourriture, d’eau et de soins médicaux, vit un enfer.
Le lendemain, le général al-Burhan a reconnu le retrait de ses troupes et promis de “se venger”.

Selon des ONG locales et internationales, plus de 2 000 civils ont été exécutés par les FSR. Des vidéos authentifiées montrent des miliciens tirant sur des civils et des prisonniers.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a aussi signalé la mort de plus de 460 personnes dans une maternité d’El-Fasher, où patients et accompagnateurs ont été pris pour cibles. Depuis avril 2023, 185 attaques contre des structures de santé ont été recensées, causant la mort de plus de 1 200 personnes.

Une catastrophe humanitaire d’ampleur

Les Nations unies alertent sur un risque de famine généralisée : la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire aiguë.
Les infrastructures civiles, notamment les hôpitaux, les routes et les réseaux d’eau, sont détruites, empêchant l’arrivée de l’aide humanitaire.
Le choléra, la dengue et le paludisme se propagent dans les camps de déplacés, où l’eau potable et l’hygiène manquent cruellement.

Des crimes de guerre dénoncés

Selon plusieurs ONG, les FSR se livrent à des massacres à caractère ethnique contre les communautés non arabes, notamment au Darfour. Ces violences sont qualifiées de crimes contre l’humanité, voire de possible génocide, par certains observateurs.
Les forces armées régulières sont elles aussi accusées d’attaques contre des civils et des infrastructures civiles, selon Human Rights Watch.

Une urgence oubliée

Alors que la guerre entre Israël et le Hamas ou celle en Ukraine occupent le devant de la scène, le Soudan s’enfonce dans l’oubli.
Plus de 10 millions de personnes ont fui leurs foyers, un record mondial. L’ONU appelle une nouvelle fois à un cessez-le-feu immédiat et à la protection des civils, mais sur le terrain, les armes continuent de parler

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