La Tunisie est redevenue un acteur central dans la stratégie migratoire de l’Union européenne. En 2024, plus de 65 000 départs vers l’Italie avaient été recensés depuis les côtes tunisiennes, un niveau inédit depuis près d’une décennie. Malgré un recul relatif en 2025, lié à une intensification des contrôles et à une instabilité interne, la route méditerranéenne reste la plus active et la plus dangereuse du continent. Dans ce contexte, Bruxelles et Tunis tentent de relancer un partenariat migratoire qui avait été fragilisé par les tensions politiques des deux dernières années.
L’UE souhaite obtenir de la Tunisie un engagement clair sur la réduction des départs de migrants irréguliers, en renforçant le contrôle des zones côtières, en améliorant l’identification des réseaux de passeurs et en acceptant davantage de retours de personnes déboutées du droit d’asile. De son côté, Tunis considère que la gestion migratoire représente un coût financier et humain considérable. Le gouvernement estime que les opérations de surveillance, d’accueil temporaire, de soins médicaux et de gestion des centres ont coûté plus de 120 millions d’euros en 2024, un montant insoutenable pour un pays confronté à une crise économique profonde.
Les négociations en cours incluent une aide financière européenne renforcée. Bruxelles envisage un soutien qui pourrait dépasser les 800 millions d’euros sur plusieurs années, en combinant soutien budgétaire, investissements dans les infrastructures portuaires, financement des patrouilles maritimes et programmes de développement économique. Le but affiché est de renforcer la stabilité tunisienne tout en réduisant la pression migratoire sur l’Italie et Malte, particulièrement exposées.
La Tunisie, pour sa part, refuse d’être perçue comme un simple rempart contre les flux migratoires africains et demande une approche fondée sur la coopération économique. Les autorités tunisiennes poussent pour obtenir des investissements directs, notamment dans les énergies renouvelables, l’agriculture et les industries à forte valeur ajoutée, afin de réduire un chômage qui touche officiellement 16 % de la population active, avec des pics dépassant les 40 % chez les jeunes diplômés.
Les divergences portent aussi sur le traitement des migrants subsahariens présents en Tunisie. Le pays accueille plusieurs dizaines de milliers de personnes en transit, souvent dans des conditions précaires. Tunis exige que l’UE prenne en charge une partie des coûts liés à leur assistance, tout en refusant catégoriquement l’idée de devenir une « zone tampon » où seraient relocalisés les demandeurs d’asile rejetés en Europe.
Malgré ces tensions, les négociations progressent, car les deux parties sont sous pression. L’UE fait face à une montée des opinions hostiles à l’immigration à l’approche de plusieurs échéances électorales clés. La Tunisie, confrontée à une contraction de son PIB et à une inflation persistante autour de 7 à 8 %, a besoin d’un soutien externe pour stabiliser ses finances et éviter une crise sociale majeure.
Si un nouveau pacte migratoire voit le jour, il devrait être annoncé avant la fin 2026 et s’appuyer sur des engagements réciproques. Les Européens recherchent une réduction mesurable des départs. Les Tunisiens demandent une contrepartie économique solide, considérant que la gestion de la migration n’est pas seulement une question sécuritaire mais aussi un enjeu de développement national.