Zone de libre-échange africaine (ZLECAf) : quel rôle pour le Maroc dans le commerce continental ?

Par Youssef Boulayoun • 22 oct. 2025, 00:33 • 6 min de lecture • Maroc
Zone de libre-échange africaine (ZLECAf) : quel rôle pour le Maroc dans le commerce continental ?

Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine entre progressivement en application, le Maroc se positionne comme un acteur clé de cette nouvelle ère économique. Infrastructures, logistique, diplomatie et industrie : le royaume entend transformer sa position géographique en levier de leadership économique africain.

La création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en janvier 2021, représente l’un des projets les plus ambitieux de l’histoire du continent.
Avec 54 pays membres et un marché potentiel de 1,4 milliard de consommateurs, cette initiative de l’Union africaine vise à stimuler le commerce intra-africain, aujourd’hui limité à moins de 17 % des échanges totaux du continent.

Pour le Maroc, qui a choisi depuis une décennie de renforcer son ancrage africain, cette zone est à la fois une opportunité stratégique et un test de compétitivité.


1. Une ambition africaine consolidée

Depuis son retour à l’Union africaine en 2017, le Maroc multiplie les accords bilatéraux et multilatéraux sur le continent.
La signature de la ZLECAf s’inscrit dans cette logique de coopération économique et diplomatique, appuyée par une vision claire : faire du Maroc une plateforme régionale d’investissement et d’exportation vers l’Afrique.

Le pays dispose d’atouts majeurs :

  • une position géographique de carrefour entre Europe, Afrique et Amériques ;

  • des infrastructures portuaires de classe mondiale (Tanger Med, Nador West Med, Dakhla Atlantique) ;

  • et une politique d’ouverture économique inscrite dans la durée.

Le Maroc n’aborde donc pas la ZLECAf comme une simple zone commerciale, mais comme une opportunité de leadership continental.


2. Les infrastructures, colonne vertébrale du commerce africain

Le succès de la ZLECAf dépendra largement de la logistique.
Sur ce plan, le Maroc possède une longueur d’avance.
Le port Tanger Med, classé premier port à conteneurs d’Afrique et de Méditerranée, connecte le pays à plus de 180 ports dans le monde et constitue la principale porte d’entrée du commerce intra-africain.

La future autoroute du Sahara, reliant Tanger à Dakhla, et la construction du port Dakhla Atlantique, renforceront encore cette connectivité sud-sud, facilitant les exportations vers l’Afrique de l’Ouest.
Le Maroc développe également des zones logistiques intégrées, comme celles de Kénitra et Casablanca, pour fluidifier les échanges régionaux.

Grâce à cette infrastructure robuste, le royaume peut se positionner comme un hub commercial africain, capable de relier les marchés africains à l’Europe et à l’Asie.


3. L’industrie marocaine à la conquête du continent

L’intégration à la ZLECAf ouvre de nouvelles perspectives pour l’industrie marocaine.
Les secteurs automobile, pharmaceutique, agroalimentaire, textile et énergie verte disposent désormais d’un accès préférentiel à un marché continental en pleine expansion.

Le Maroc, déjà premier exportateur de voitures d’Afrique, voit dans la ZLECAf une occasion d’augmenter sa production destinée à d’autres pays africains.
Des entreprises comme Renault Maroc ou Yazaki envisagent d’élargir leur réseau de distribution vers l’Afrique de l’Ouest.
Dans le secteur pharmaceutique, Sothema et Cooper Pharma multiplient les implantations régionales (Rwanda, Côte d’Ivoire, Sénégal).

Cette dynamique industrielle s’appuie sur des politiques publiques favorables, comme la Charte de l’investissement 2023, qui encourage les entreprises marocaines à s’internationaliser.


4. La diplomatie économique comme levier d’intégration

L’une des clés de la stratégie marocaine en Afrique réside dans sa diplomatie économique proactive.
À travers des institutions comme Maroc Export, AMDIE ou Attijariwafa Bank, le royaume facilite les investissements croisés, les partenariats et la formation de cadres africains.

Les visites royales dans une trentaine de pays africains ont permis la signature de plus de 1 000 accords de coopération couvrant des domaines aussi variés que l’agriculture, les infrastructures, la finance, l’énergie ou la formation.
Ces accords placent le Maroc au cœur d’un réseau d’interdépendances positives et consolident son image de partenaire africain fiable.


5. Les défis de la compétitivité marocaine

Malgré ses atouts, le Maroc devra relever plusieurs défis pour tirer pleinement profit de la ZLECAf :

  • les coûts logistiques internes, encore élevés pour certaines filières ;

  • la complexité douanière entre les pays membres, malgré les promesses de simplification ;

  • et la diversité des réglementations, qui freine la fluidité des échanges.

Le pays devra également renforcer sa compétitivité industrielle face à des économies comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou l’Égypte.
Le succès dépendra de la capacité à harmoniser les normes, à mutualiser les infrastructures et à investir dans l’innovation et la formation.


6. Une intégration financière au service du commerce

Le Maroc joue un rôle moteur dans la bancarisation du continent.
Les grandes banques marocaines — Attijariwafa Bank, BCP et Bank of Africa — opèrent dans plus de 25 pays africains, facilitant les paiements transfrontaliers et le financement des PME.
Cette intégration financière est un pilier de la ZLECAf : elle permet d’accompagner les flux commerciaux et de réduire la dépendance aux devises étrangères.

L’ambition à moyen terme est la mise en place d’un système panafricain de paiement intégré, déjà en test au sein de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), auquel le Maroc compte pleinement participer.


7. Vers une Afrique plus connectée et souveraine

La ZLECAf ne se limite pas au commerce : elle représente un projet politique et civilisationnel.
En favorisant la libre circulation des biens, des services et des capitaux, elle ouvre la voie à une souveraineté économique africaine, moins dépendante des marchés extérieurs.

Le Maroc, par sa stabilité, ses infrastructures et son modèle de développement, a les moyens de jouer un rôle de catalyseur dans cette transformation.
Sa position géographique — entre le Nord et le Sud — en fait un trait d’union naturel entre l’Afrique et le monde.


Conclusion

La Zone de libre-échange africaine n’est pas une simple réforme économique : c’est une vision d’avenir pour un continent en quête d’unité et de puissance.
En s’y engageant activement, le Maroc confirme sa volonté de participer à la construction d’une Afrique intégrée, forte et solidaire.

De Tanger à Dakhla, des ports aux corridors logistiques, le royaume tisse la trame d’un commerce continental nouveau : un commerce africain entre Africains, fondé sur la complémentarité, la coopération et la confiance.

 

Sources :

  • Union africaine – ZLECAf : Bilan et perspectives 2025

  • Ministère marocain de l’Industrie et du Commerce – Rapport sur la compétitivité africaine

  • Banque africaine de développement – Africa Economic Outlook 2024

  • Tanger Med Port Authority – Bilan 2024

  • OCP Africa / AMDIE – Investissements marocains en Afrique subsaharienne

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