“On nous demande de faire du cinéma avec un téléphone et du courage.”
— Un réalisateur indépendant basé à Rabat.
Depuis quelques mois, les voix se multiplient dans le monde culturel marocain. Producteurs, acteurs, réalisateurs et techniciens dénoncent un étouffement progressif de la création indépendante, notamment à cause de la baisse des subventions du Centre Cinématographique Marocain (CCM) et de nouvelles restrictions sur les tournages en extérieur.
Des tournages suspendus, des festivals abandonnés
Selon plusieurs artistes contactés par Chronexium, plusieurs projets ont été stoppés net, parfois sans explication.
À Casablanca, une équipe indépendante raconte avoir attendu plus de six mois pour obtenir une autorisation de tournage, avant de renoncer.
Même constat à Marrakech et Ouarzazate, où des productions locales ont été jugées “non prioritaires”.
Parallèlement, plusieurs festivals régionaux ont vu leurs budgets fondre, laissant des centaines d’artistes sans scène. Le festival de Meknès et celui de Larache ont été annulés ou reportés faute de soutien financier.
Une bureaucratie jugée “hors-sol”

Le CCM, accusé de favoriser les grandes productions étrangères, peine à répondre aux besoins des créateurs locaux.
« On ne demande pas des millions, juste de la transparence et une vraie écoute », explique une productrice basée à Tanger.
Des dizaines de cinéastes affirment que leurs dossiers de financement restent “bloqués sans motif”, tandis que d’autres reçoivent des rejets “copiés-collés”.
Les artistes se mobilisent en ligne
Face au silence officiel, la riposte s’organise sur les réseaux sociaux.
Sous les hashtags #ArtistesSansVoix et #CultureEnDanger, des acteurs, musiciens et photographes publient leurs témoignages.
Certains évoquent même l’idée d’un collectif indépendant pour produire hors du circuit du CCM, via le financement participatif ou les plateformes de streaming.
“La culture, ce n’est pas un luxe. C’est un miroir. Et ce miroir est brisé.”
Un secteur vital menacé

Le secteur culturel représente plus de 80 000 emplois directs et indirects au Maroc.
Mais entre le manque de moyens, la censure implicite et l’absence d’espaces de diffusion, beaucoup d’artistes songent à l’exil ou à la reconversion.
Si la situation perdure, c’est toute une génération créative qui risque de disparaître dans l’indifférence.