Casablanca étouffe : les espaces verts disparaissent, les immeubles poussent

Par Youssef Boulayoun • 08 oct. 2025, 14:10 • 5 min de lecture • Enquête
Casablanca étouffe : les espaces verts disparaissent, les immeubles poussent

Enquête à Casablanca : recul des espaces verts, dérogations et pression immobilière transforment la ville. Données, cartes et voix citoyennes à l’appui.

Une ville en expansion, mais à quel prix ?
Casablanca, la capitale économique du Maroc, s’impose comme une métropole en perpétuelle
mutation. Chaque année, de nouveaux quartiers émergent, les chantiers s’étendent, et les tours remplacent les arbres. Derrière cette modernisation apparente, un constat s’impose : la ville se bétonne à grande vitesse. Selon des estimations d’associations locales, la surface végétale par habitant à Casablanca ne dépasserait plus 1 m², bien loin des 10 m² recommandés par l’Organisation mondiale de la santé.

Pour beaucoup de Casablancais, la disparition des espaces verts n’est plus un simple
désagrément visuel : c’est une question de santé, de qualité de vie et d’avenir urbain.

Casablanca, la métropole qui s’asphalte
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Dans le quartier du Maarif, Samira, 34 ans, montre du doigt une tour récemment construite :
« Ici, il y avait un petit jardin où les enfants jouaient. Aujourd’hui, il ne reste qu’un parking souterrain et des voitures. » Cette scène se répète dans plusieurs arrondissements : Derb Omar, Sidi Maarouf, ou encore Ain Sebaâ. Les rares espaces publics sont souvent délaissés, mal entretenus ou transformés en zones commerciales.

Les images satellites confirment cette tendance. Entre 2005 et 2025, plus de 60 % des espaces
verts identifiés sur Google Earth ont disparu au profit de projets immobiliers ou d’infrastructures
routières. La ville s’étend, mais respire de moins en moins.


Les promoteurs immobiliers en ligne de mire
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La pression foncière à Casablanca est telle que chaque mètre carré est convoité.
Les promoteurs immobiliers voient dans la rareté du foncier une opportunité lucrative. Un urbaniste rencontré sous couvert d’anonymat confie : « Les espaces verts ne sont pas considérés comme prioritaires dans les plans d’aménagement. Tant qu’un terrain est constructible, il est vendu. »

Des cas emblématiques ont suscité l’indignation : la disparition du square d’Anfa, la réduction du parc du Complexe Mohamed V ou encore la fermeture temporaire du parc de la Ligue Arabe pour cause de rénovation prolongée. Les projets de “revalorisation” s’accompagnent souvent d’une privatisation partielle, limitant l’accès du public.


Les conséquences : une ville qui suffoque

Le manque d’espaces verts ne se traduit pas seulement par une perte esthétique.
Les effets sur la santé et l’environnement sont concrets : hausse de la température moyenne, pollution atmosphérique accrue, stress et isolement social.
Selon le médecin généraliste Dr. Amine El Idrissi : « Nous observons une augmentation des cas de maladies respiratoires et d’allergies, aggravée par la chaleur urbaine et la pollution. »
Les quartiers les plus denses, où les arbres sont absents, enregistrent des écarts de température allant jusqu’à +5 °C comparé à des zones plus végétalisées comme le parc Sindibad ou les environs de Bouskoura.

Des citoyens qui résistent
arbresvert
Face à cette situation, la société civile s’organise. Plusieurs collectifs écologiques, comme **Zéro Zbel**, **Bahri** ou **Jnane Green**, multiplient les actions symboliques : campagnes de nettoyage, reboisement de micro-parcs, ateliers de sensibilisation dans les écoles. « Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir, même à petite échelle », explique Safae, membre de Bahri.
Certaines initiatives locales commencent à émerger, comme les jardins partagés à Hay Hassani ou les toitures végétalisées expérimentées sur quelques bâtiments administratifs. Ces projets restent isolés, mais ils témoignent d’une prise de conscience collective.

Quel avenir pour Casablanca ?
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La mairie a annoncé en 2024 un projet de “Plan Vert Urbain” visant à replanter 10 000 arbres d’ici 2030.
Mais les habitants restent sceptiques. « On coupe dix arbres pour en planter un », ironise
Rachid, retraité du quartier Bourgogne.
Sans une réelle politique de protection du patrimoine végétal, ces efforts risquent d’être vains.

Pour inverser la tendance, les urbanistes appellent à intégrer la nature dans la planification :
imposer un quota de verdure dans chaque nouveau projet, développer des toitures végétalisées, réhabiliter les anciens parcs et sanctuariser les rares zones naturelles encore existantes.

Casablanca n’a pas encore perdu son souffle, mais elle retient sa respiration.
Reste à savoir si les décideurs oseront enfin lui redonner de l’air.

Au-delà du constat alarmant, cette enquête révèle surtout un besoin urgent de repenser notre
rapport à la ville. Le développement durable ne peut plus être un slogan : il doit redevenir une
priorité. Si Casablanca veut rester vivable pour ses générations futures, elle devra réapprendre à respirer… au sens propre.

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