RMC “pro-Algérie” ? Ce que disent les faits, la chronologie et les polémiques depuis 2021

Par Youssef Boulayoun • 23 déc. 2025, 08:39 • 4 min de lecture • Enquête
RMC “pro-Algérie” ? Ce que disent les faits, la chronologie et les polémiques depuis 2021

Direction, contenus, polémiques : Chronexium décortique l’idée d’un parti pris de RMC en faveur de l’Algérie et l’existence supposée d’un tournant “anti-Maroc” depuis 2021, avec les éléments documentés disponibles.

L’accusation est simple : depuis qu’un dirigeant franco-algérien aurait pris la tête de RMC, la radio publierait davantage de contenus favorables à l’Algérie et plus hostiles au Maroc. Avant de juger l’intention, il faut distinguer deux questions : qui dirige réellement RMC, et quels épisodes précis nourrissent l’idée d’un biais éditorial.

Une chronologie qui nuance la formule “depuis son arrivée”

Un point est établi : en février 2021, Karim Nedjari a été nommé directeur général de RMC et RMC Sport, prise de fonctions annoncée pour le 1er mars 2021. 
Mais la situation de gouvernance du groupe a évolué depuis : ces dernières années, l’écosystème RMC/BFM a connu des changements de direction et de propriétaire, avec des réorganisations au sommet et des mouvements de dirigeants. 

Autrement dit, l’idée d’un “avant/après” strict, attribué à une seule personne “à la tête de RMC” sur toute la période, est plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Ce qui alimente la perception d’un “tournant anti-Maroc”

S’il est difficile de prouver un biais structurel à partir d’impressions, certains épisodes concrets ont marqué l’opinion marocaine et alimentent le soupçon.

Le plus cité est l’affaire Mehdi Ghezzar, chroniqueur intervenant dans “Les Grandes Gueules”, accusé d’avoir tenu des propos violemment hostiles au Maroc sur une télévision algérienne. L’événement a pris une ampleur telle que RMC a publiquement indiqué mettre fin à sa participation, en se désolidarisant de ces déclarations.

Ce point est crucial : si l’affaire renforce la sensation d’hostilité, elle montre aussi qu’au moment où la polémique explose, la direction de la radio choisit de couper court et de condamner la séquence.

En parallèle, certaines publications et commentaires autour de la CAN 2025 ont aussi été perçus comme “dépréciatifs” au Maroc, notamment sur des sujets symboliques. Ces contenus, largement partagés en ligne, nourrissent une lecture politique de ce qui relève parfois du débat d’actualité ou de l’angle éditorial. 

“Biais” ou mécanique médiatique ?

Même quand des contenus choquent, prouver un parti pris organisé reste difficile sans travail méthodique : comparer le volume d’articles, la tonalité, le choix des invités, les titres, et la place accordée aux réponses marocaines sur une période longue. Sans cette analyse, on reste souvent dans une confrontation de perceptions.

Il existe néanmoins un phénomène documenté dans les médias d’opinion et de débat : la recherche de séquences polarisantes, propices au clash, qui peuvent amplifier des postures identitaires (y compris franco-algériennes ou franco-marocaines) plutôt que produire une compréhension fine. Dans ce cadre, le Maghreb devient parfois un “sujet à audience”, où les nuances disparaissent vite.

La question “anti-Maroc depuis 2021” : ce que l’on peut affirmer, et ce qu’on ne peut pas

Ce que l’on peut affirmer avec des éléments publics :
RMC a connu une nomination de DG en 2021 souvent citée dans les discussions, et au moins une polémique majeure impliquant un chroniqueur dont les propos anti-Maroc ont conduit à son éviction. 

Ce que l’on ne peut pas affirmer sérieusement sans étude chiffrée :
qu’il existerait une ligne “pro-Algérie” décidée au sommet, ou une politique éditoriale systématiquement “anti-Maroc” corrélée à l’origine d’un dirigeant. L’origine d’un responsable ne suffit pas à expliquer une ligne, et l’écosystème de production (rédactions multiples, antenne, web, talk-shows, réseaux sociaux) produit des signaux parfois contradictoires.

Pourquoi le débat revient maintenant

Le contexte explique aussi la sensibilité : rivalités régionales, guerre des récits sur les réseaux, et exposition maximale pendant la CAN 2025. Dans un tel climat, chaque titre, chaque chroniqueur, chaque formulation devient une pièce à conviction. Et le moindre incident se transforme en “preuve” pour un camp ou pour l’autre.

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