Ce que raconte l’article de L’Équipe
Dans son papier consacré au Maroc, « L’Équipe » affirme qu’à quelques jours de la CAN 2025, le pays serait le théâtre d’un “massacre des chiens errants”. Le texte s’appuie sur des témoignages d’ONG internationales, évoque des images choquantes d’animaux abattus et relie directement ces pratiques supposées à la préparation de la compétition, mais aussi à la Coupe du monde 2030. Pour un lecteur peu familier du sujet, l’idée qui ressort est claire : l’État marocain organiserait ou tolérerait un vaste plan d’extermination lié aux grands rendez-vous du football.
Accusations des ONG : alerte nécessaire, chiffres gonflés
Depuis plusieurs mois, des associations de protection animale – marocaines et étrangères – alertent sur des cas de mise à mort violente de chiens errants dans certaines villes. Elles parlent de tirs, d’empoisonnements, de “nettoyages” nocturnes. Leur rôle de vigie est réel et a contribué à documenter des pratiques brutales ou illégales. Mais une partie de leur discours repose sur des estimations très élevées, parfois présentées comme des certitudes : plusieurs millions de chiens “promis à l’abattage” d’ici 2030, sans qu’un document officiel ne vienne confirmer l’existence d’un tel plan national. On est donc dans un mélange de faits localisés, de projections et de scénarios militants.
La position officielle du Maroc
Face à cette avalanche d’accusations, les autorités marocaines ont pris la parole. Le Royaume a formellement démenti l’existence d’un plan d’euthanasie massive lié à la Coupe du monde 2030 ou à la CAN 2025, en parlant d’allégations infondées. Sur le plan juridique, plusieurs évolutions vont dans un sens différent de celui décrit par le terme de “massacre” : un accord interministériel adopté en 2019 pose comme référence la méthode TNVR (capture, stérilisation, vaccination, retour dans le milieu), une circulaire du ministère de l’Intérieur demande aux communes d’abandonner l’usage des balles et des poisons, et un projet de loi spécifique sur les animaux errants et la protection animale a été élaboré. Sur le papier, la ligne officielle n’est pas celle d’une élimination systématique, mais d’une gestion encadrée, même si la mise en œuvre reste très imparfaite.
Un problème structurel, pas né avec la CAN
La question des chiens errants au Maroc ne date pas de la CAN 2025. Elle est au cœur de tensions anciennes entre santé publique, sécurité, tourisme et défense du bien-être animal. Les habitants se plaignent de morsures, de meutes agressives, de cas de rage ; des élus locaux cèdent parfois à la solution la plus rapide, en autorisant des campagnes d’abattage, souvent sans contrôle centralisé. Ces pratiques ont existé bien avant que le Maroc ne soit placé sous les projecteurs du football africain et mondial. Les compétitions jouent un rôle d’accélérateur médiatique, mais elles ne créent pas le problème.
Là où l’article de L’Équipe va trop loin
Le principal reproche adressé à l’article n’est pas d’ignorer la souffrance animale – réelle – mais de présenter de manière quasi certaine ce qui relève en grande partie de l’accusation. En associant, dans le titre même, la notion de “massacre” et la préparation de la CAN, le texte laisse entendre qu’il s’agirait d’une politique concertée du Royaume, calibrée pour l’événement. Or les éléments disponibles montrent plutôt un paysage fragmenté : d’un côté, un cadre juridique qui évolue vers une approche plus encadrée ; de l’autre, des dérives locales, des pratiques illégales et une application inégale des directives nationales. En ne distinguant pas clairement ces niveaux, l’article entretient une confusion qui dessert la compréhension du dossier.
Un équilibre à trouver entre bien-être animal, santé publique et image internationale
Reconnaître les exagérations de certains titres ne doit pas conduire à minimiser les problèmes sur le terrain. Le Maroc est confronté à un défi réel : réduire les risques sanitaires et sécuritaires liés aux chiens errants tout en respectant des standards de protection animale de plus en plus exigeants, notamment aux yeux de l’opinion internationale. La réussite de la CAN 2025 et, plus tard, de la Coupe du monde 2030, se jouera aussi sur cette crédibilité. Mais la réponse passe par des politiques publiques cohérentes, des moyens pour les communes, des partenariats avec les associations et une transparence accrue, bien plus que par des campagnes de communication accusant ou défendant tel ou tel camp.
En l’état, l’article de « L’Équipe » pose une vraie question – comment le Maroc gère-t-il ses chiens errants à l’heure des grandes compétitions ? – mais y répond avec un prisme très militant, où l’hyperbole prend le pas sur la nuance. Le débat mérite mieux : des chiffres sourcés, une distinction claire entre dérives locales et politique nationale, et la prise en compte des efforts, encore inachevés, pour sortir d’une logique de crise permanente.