Quand la cuisine marocaine conquiert les chefs du monde

Par Youssef Boulayoun • 12 oct. 2025, 19:54 • 4 min de lecture • Culture
Quand la cuisine marocaine conquiert les chefs du monde

De Paris à Tokyo, les plus grands chefs redécouvrent les secrets de la gastronomie marocaine. Tajine, pastilla, cumin et fleur d’oranger s’invitent dans les palaces étoilés. Plus qu’une mode, un art de vivre qui séduit les papilles du monde entier.

“Le Maroc a ce que la gastronomie française avait au XIXe siècle : une âme.”
— Pierre Hermé, chef pâtissier français.

Longtemps perçue comme exotique ou folklorique, la cuisine marocaine est aujourd’hui en train de s’imposer comme l’une des plus influentes au monde.
Des chefs étoilés comme Yotam Ottolenghi, Hélène Darroze ou encore Massimo Bottura intègrent désormais le ras el hanout, le couscous perlé ou les citron confits dans leurs cartes.
La gastronomie du Royaume n’est plus seulement servie dans les riads de Marrakech : elle règne dans les cuisines des grandes capitales.


L’âge d’or des saveurs marocaines

À Londres, le chef marocain Mourad Mazouz (le créateur du restaurant “Momo”) a ouvert la voie dès les années 2000. Aujourd’hui, des chefs de la diaspora comme Najet Kanaache (San Sebastián), Abdellah El Idrissi (Paris) ou Sanaa Lahlou (Varsovie) perpétuent cette passion.

Leur signature ?
Une cuisine authentique mais audacieuse, où les traditions marocaines rencontrent la haute gastronomie contemporaine.
La pastilla se réinvente en version salée au pigeon et foie gras, le tajine devient végétarien et raffiné, et le thé à la menthe se transforme en espuma sucrée.


Des ingrédients devenus stars

Les épices marocaines séduisent les chefs du monde entier : cumin, safran, cannelle, gingembre, coriandre fraîche...
Elles incarnent une cuisine sensorielle et poétique, fondée sur la lenteur, la transmission et la convivialité.

Le citron beldi confit, désormais produit en Provence ou en Californie, est devenu un ingrédient phare de la cuisine fusion.
Même les grandes écoles culinaires comme Le Cordon Bleu ou l’Institut Paul Bocuse proposent des modules consacrés à la cuisine du Maghreb, avec le Maroc en tête d’affiche.


Les Marocains du monde, ambassadeurs du goût

De New York à Montréal, de Doha à Bruxelles, la diaspora marocaine contribue largement à cette expansion.
Les jeunes chefs réinventent les recettes de leurs mères, entre héritage et innovation.
Sur TikTok, les vidéos de “Moroccan food ASMR” font des millions de vues, tandis que sur Instagram, le hashtag #MoroccanCuisine dépasse les 3 millions de publications.

“La cuisine marocaine, c’est l’équilibre entre la mémoire et la surprise.”
— Najet Kanaache, cheffe marocaine à San Sebastián.


Un patrimoine vivant

Préparation du couscous marocain aux légumes traditionnel -  Intervalledeco.ma

En 2010, l’UNESCO a inscrit la gastronomie marocaine au patrimoine immatériel de l’humanité, aux côtés de celles de la France, du Mexique et du Japon.
Mais cette reconnaissance n’est pas qu’institutionnelle : elle se vit chaque jour dans les foyers, les souks et les tables d’hôtes.
Le Maroc reste un pays où la cuisine est un acte d’amour, de lien et de résistance culturelle.


Vers une nouvelle diplomatie culinaire

Aujourd’hui, le gouvernement marocain mise sur cette force douce.
Des semaines gastronomiques marocaines sont organisées dans les ambassades, les festivals culinaires et les salons internationaux.
Des produits comme l’huile d’argan, le safran de Taliouine ou les olives de Meknès deviennent des emblèmes d’exportation.
La cuisine marocaine ne conquiert pas seulement les tables, elle séduit les esprits.

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