Le Maroc a entamé depuis 2018 une transition graduelle vers un régime de change plus flexible, en élargissant par étapes la bande de fluctuation du dirham autour d’un panier composé principalement de l’euro et du dollar. Cette évolution visait à permettre à l’économie de mieux absorber les chocs externes tout en habituant les acteurs financiers et les entreprises à une plus grande variabilité du taux de change.
En 2024 et 2025, plusieurs signaux publics ont confirmé que Bank Al-Maghrib se considère techniquement prête pour une nouvelle phase de flexibilité. Le wali de la banque centrale a expliqué que les conditions macroéconomiques sont désormais plus favorables, notamment grâce à la baisse de l’inflation, à la reprise progressive de la croissance et à la stabilisation des réserves en devises. La décision finale reste cependant du ressort des autorités gouvernementales, qui devront fixer le calendrier et les modalités de la réforme.
Pour les institutions financières, un régime de change plus flexible constitue un prolongement logique du processus engagé depuis plusieurs années. Il s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la résilience du pays face aux fluctuations mondiales, qu’il s’agisse du prix de l’énergie, des flux touristiques ou des mouvements de capitaux. La flexibilité est également perçue comme un moyen de soutenir la compétitivité des exportations dans un contexte international plus incertain.
Du côté des entreprises, la réforme suscite des réactions contrastées. Les grands groupes et les secteurs tournés vers l’exportation y voient une opportunité d’ajustement plus naturel à la conjoncture mondiale. En revanche, nombre de petites et moyennes entreprises redoutent une exposition plus forte aux variations du taux de change, faute d’outils de couverture couramment utilisés par les acteurs les plus structurés. Bank Al-Maghrib insiste sur la nécessité d’étendre la culture de gestion du risque de change au sein du tissu économique.
L’un des enjeux majeurs concerne la transition elle-même. Les autorités privilégient une approche graduelle, afin d’éviter tout choc brutal sur les prix à l’importation ou sur le pouvoir d’achat. La nouvelle phase ne devrait donc pas conduire à un flottement total, mais plutôt à un élargissement supplémentaire de la bande de fluctuation, permettant au marché de jouer un rôle plus important tout en gardant un filet de sécurité.
À moyen terme, l’évolution du régime de change conditionnera une partie de la stratégie économique du Maroc. Une flexibilité accrue pourrait améliorer la capacité du pays à attirer les investissements étrangers et à accompagner les secteurs exportateurs. Mais elle exigera également une préparation renforcée des entreprises et une pédagogie soutenue pour limiter les risques de volatilité excessive.