Gazoduc Nigeria–Maroc : un corridor énergétique appelé à redessiner l’Afrique

Par Youssef Boulayoun • 30 nov. 2025, 14:01 • 4 min de lecture • Économie
Gazoduc Nigeria–Maroc : un corridor énergétique appelé à redessiner l’Afrique

Le gazoduc Nigeria–Maroc vise à relier l’Afrique de l’Ouest au Maghreb et à l’Europe, avec des soutiens internationaux croissants.

Le gazoduc Nigeria–Maroc est devenu, en l’espace de quelques années, l’un des chantiers stratégiques les plus commentés du continent. Imaginé pour acheminer le gaz nigérian vers l’Afrique de l’Ouest puis vers le Maroc, avant de rejoindre les marchés européens, ce corridor énergétique de près de 5 600 kilomètres incarne une ambition continentale rare par son ampleur et ses implications géopolitiques. Le projet a été lancé en 2016 lors d’une visite officielle du roi Mohammed VI à Abuja, puis consolidé par une série d’accords bilatéraux et régionaux réaffirmant l’engagement des deux pays.

Les études préliminaires et techniques, menées conjointement par l’Office National des Hydrocarbures et des Mines et la Nigerian National Petroleum Company, ont permis de définir un tracé longeant la façade atlantique et reliant treize États côtiers. Cette configuration répond à une volonté d’intégration énergétique, en offrant à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest un accès structuré au gaz et en créant un corridor énergétique sans équivalent sur le continent.

Au-delà de son rôle régional, le projet s’inscrit dans une dynamique internationale marquée par une forte demande de diversification énergétique. Les tensions mondiales et la reconfiguration des marchés du gaz ont rendu particulièrement attractifs les corridors alternatifs capables de sécuriser des approvisionnements stables et non dépendants des routes traditionnelles. C’est dans ce contexte que plusieurs institutions financières africaines et internationales ont manifesté leur intérêt. La Banque Islamique de Développement et la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique ont exprimé leur disposition à accompagner les phases techniques et opérationnelles. La CEDEAO, qui voit dans ce gazoduc un levier d’intégration régionale, soutient activement les consultations et les harmonisations réglementaires. Plusieurs fonds souverains africains et partenaires européens ont également suivi de près l’évolution des études, en raison du potentiel de connexion avec le marché européen via les infrastructures marocaines.

Pour le Nigeria, premier détenteur de réserves gazières en Afrique, le gazoduc représente une opportunité de valorisation à long terme, en diversifiant ses routes d’exportation et en réduisant sa dépendance aux terminaux locaux. Pour le Maroc, il s’agit d’un positionnement stratégique majeur, destiné à faire du royaume un hub énergétique régional capable de relier l’Afrique à l’Europe. Le projet répond également à un objectif continental plus large, celui de renforcer l’accès à l’énergie pour des millions de foyers et de soutenir l’industrialisation des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest.

Les défis restent considérables, qu’ils soient financiers, techniques ou géopolitiques. Le coût total du projet, estimé entre vingt-cinq et trente milliards de dollars, nécessite un montage complexe impliquant plusieurs partenaires. Les discussions autour de la sécurité du tracé, de la répartition des responsabilités ou des futures phases de financement sont encore en cours, mais les signaux diplomatiques indiquent une volonté commune de faire avancer le dossier. L’implication croissante d’acteurs internationaux conforte cette dynamique, en montrant que le gazoduc Nigeria–Maroc n’est plus seulement une vision politique, mais un projet qui attire une attention stratégique mondiale.

Ce corridor énergétique pourrait, s’il est achevé, redéfinir les équilibres régionaux en renforçant les liens entre l’Afrique de l’Ouest et le Maghreb. Il positionnerait également le continent comme un acteur plus visible dans les chaînes d’approvisionnement mondiales du gaz. À l’heure où l’Afrique cherche à consolider son autonomie énergétique, ce projet apparaît comme un catalyseur de coopération, d’intégration économique et d’influence géopolitique.

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