Investissements étrangers : le Maroc attire de nouveaux projets industriels malgré un contexte mondial tendu

Par Youssef Boulayoun • 07 déc. 2025, 13:17 • 4 min de lecture • Économie
Investissements étrangers : le Maroc attire de nouveaux projets industriels malgré un contexte mondial tendu

En 2024, le Maroc a enregistré une hausse de 55 % de ses investissements directs étrangers, pour atteindre environ 1,64 milliard de dollars. L’industrie capte près de 38 % des flux et près de 1.840 projets industriels, représentant près de 125 milliards de dirhams d’investissement, ont déjà été validés, confirmant la stratégie de souveraineté industrielle du Royaume.

Dans un environnement international marqué par l’incertitude, la fragmentation commerciale et un recul global des investissements, le Maroc fait figure d’exception. Selon les derniers chiffres disponibles, les investissements directs étrangers reçus par le Royaume ont progressé d’environ 55 % en 2024 pour atteindre 1,64 milliard de dollars, après un peu plus d’un milliard l’année précédente. Cette dynamique tranche avec la tendance mondiale, où les flux d’IDE productifs ont reculé pour la deuxième année consécutive.

Cette résilience repose en grande partie sur le pari industriel engagé depuis plus d’une décennie. Les données récentes de l’Office des changes montrent que l’industrie capte désormais près de 37 à 38 % des IDE, avec un volume de l’ordre de 16,5 milliards de dirhams en 2024, loin devant l’immobilier et le commerce. L’industrie est ainsi devenue la principale porte d’entrée du capital étranger, portée par les écosystèmes de l’automobile, de l’aéronautique, de l’électronique et, de plus en plus, des énergies renouvelables.

Le ministère de l’Industrie fait état de 1.839 projets validés dans le cadre de la stratégie de souveraineté industrielle, pour un montant global d’environ 124,9 milliards de dirhams d’investissement. Ces projets sont censés générer près de 180.000 emplois et visent à substituer des importations par une production locale, dans des segments aussi variés que les composants automobiles, les équipements électriques, les matériaux de construction ou l’agro-industrie. Cette réorientation vers la production locale renforce à la fois la balance commerciale et la résilience de l’économie face aux chocs externes.

Dans le détail, plusieurs annonces illustrent cette tendance. Une convention d’investissement d’environ 2,3 milliards de dirhams a été signée avec le groupe chinois Sunrise dans le textile, pour l’implantation d’unités industrielles à Fès et Skhirat et la création annoncée de 8.500 emplois directs et indirects. Dans l’aéronautique, un nouvel investissement d’envergure a été dévoilé pour l’installation, près de Casablanca, d’une ligne d’assemblage de moteurs d’avions et d’un site de maintenance dont les montants cumulés dépassent les 300 millions d’euros, avec à la clé une montée en gamme supplémentaire de la filière.

Sur le plan géographique, la carte des investisseurs évolue également. Les Émirats arabes unis sont devenus, selon les derniers chiffres, le premier investisseur étranger au Maroc en 2024, avec un peu plus de 3,1 milliards de dirhams, soit près de 19 % des flux nets d’IDE. Cette montée en puissance des capitaux du Golfe vient compléter les apports historiques en provenance de la France et d’autres partenaires européens, et traduit le repositionnement du Maroc comme plateforme industrielle et logistique africaine.

Les derniers rapports du régulateur des changes indiquent par ailleurs que les IDE nets ont progressé de près de 60 % sur la première moitié de l’année 2025 pour atteindre environ 16,8 milliards de dirhams, confirmant que la dynamique reste favorable malgré le ralentissement de nombreux pays émergents. Ce mouvement est soutenu par la performance de secteurs exportateurs tels que l’automobile, dont les ventes dépassent les 70 milliards de dirhams sur six mois, et par la progression des phosphates et engrais, qui restent un pilier des revenus extérieurs.

Cette trajectoire n’est toutefois pas sans défis. La hausse du déficit commercial au premier semestre 2025 rappelle que les importations, notamment d’équipements industriels et de biens intermédiaires, continuent de croître plus vite que les exportations. Mais aux yeux des autorités, cette situation reflète aussi un cycle d’investissement en cours, où l’accumulation de capital productif devrait, à moyen terme, renforcer la capacité exportatrice du pays.

Dans un contexte où les instances internationales alertent sur la baisse globale des investissements productifs, la stratégie marocaine de souveraineté industrielle, articulée autour de la montée en gamme, de la substitution aux importations et de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, apparaît comme un pari assumé. Les chiffres récents montrent qu’il commence à produire ses effets, en faisant du Maroc l’un des pôles industriels les plus attractifs du continent.

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