Lorsqu’en novembre 2018, le Maroc inaugurait sa première ligne à grande vitesse Al Boraq, reliant Tanger à Casablanca en deux heures, il devenait le premier pays africain à disposer d’un TGV opérationnel.
Six ans plus tard, le royaume s’apprête à écrire un nouveau chapitre de cette aventure ferroviaire : l’extension de la ligne vers Marrakech, l’une des villes les plus emblématiques du pays et un pilier du tourisme national.
Ce projet n’est pas seulement une prouesse technique : il incarne la vision d’un Maroc connecté, compétitif et durable, où la mobilité devient un vecteur de développement territorial et social.
1. Un chantier structurant pour la mobilité nationale
L’extension de la ligne à grande vitesse Casablanca–Marrakech, longue de près de 320 kilomètres, est l’un des plus grands projets d’infrastructure du pays.
Porté par l’Office National des Chemins de Fer (ONCF), il vise à réduire le trajet entre Rabat et Marrakech à seulement 2 heures 30, contre plus de 4 heures actuellement.
Les travaux, dont le démarrage officiel est prévu pour 2026, s’inscrivent dans la continuité du corridor ferroviaire nord-sud, qui reliera à terme Tanger à Agadir.
Cette infrastructure transformera la géographie économique du pays : elle rapprochera les pôles touristiques, industriels et administratifs, tout en soutenant la décentralisation et la cohésion territoriale.
2. Marrakech, futur carrefour du rail marocain
La ville ocre n’est pas seulement la destination touristique phare du royaume : elle deviendra le nouveau nœud ferroviaire stratégique du sud marocain.
La future gare LGV de Marrakech, pensée comme un hub intermodal, intégrera la connexion avec les lignes régionales et les transports urbains.
Outre le tourisme, cette infrastructure favorisera les échanges commerciaux entre Marrakech, Casablanca et Tanger, et soutiendra le développement des zones industrielles du Haouz et de Chichaoua.
Elle devrait également réduire les coûts logistiques et renforcer l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs.
Le projet s’accompagne d’un programme de requalification urbaine autour des gares et des tracés, avec des zones vertes, des pôles tertiaires et des logements connectés aux transports collectifs.
3. Une ambition écologique et énergétique
L’un des atouts majeurs du projet réside dans son empreinte écologique réduite.
Le Maroc a choisi de faire de la grande vitesse un outil de mobilité verte, en misant sur une électrification à 100 % et une alimentation en énergie issue des sources renouvelables.
Selon l’ONCF, plus de 90 % de l’énergie utilisée pour le TGV provient déjà de l’éolien et du solaire, un chiffre amené à augmenter avec les nouveaux parcs énergétiques du sud.
L’extension vers Marrakech s’inscrit dans la stratégie nationale de mobilité décarbonée, contribuant à la réduction des émissions de CO₂ dans le transport interurbain.
Cette approche fait du Maroc un précurseur africain de la mobilité durable, au même titre que les pays européens les plus avancés.
4. Un projet à forte portée socio-économique
Au-delà de la prouesse technique, la LGV est un projet social.
Son extension vers Marrakech devrait créer environ 15 000 emplois directs et indirects pendant la phase de construction, et stimuler l’emploi local dans les services, la maintenance et le tourisme.
Les retombées économiques sont considérables : hausse de la fréquentation touristique, dynamisation du commerce interrégional, développement du transport de marchandises à grande vitesse.
L’impact s’étendra aussi aux zones rurales traversées, avec des programmes d’insertion et de formation pour les jeunes.
Le Maroc confirme ainsi sa volonté de faire du développement des infrastructures un levier d’inclusion nationale, et non un luxe réservé aux métropoles.
5. Un savoir-faire marocain de plus en plus affirmé
Si la première LGV avait largement mobilisé des partenaires étrangers, notamment français, le Maroc capitalise désormais sur une expertise locale croissante.
Les ingénieurs, techniciens et bureaux d’études marocains ayant participé à Al Boraq prennent une place centrale dans cette nouvelle phase.
Plus de 60 % du chantier sera réalisé par des compétences nationales, selon les estimations de l’ONCF.
Cette montée en puissance du savoir-faire marocain dans les grands travaux s’inscrit dans une stratégie plus large : celle de la souveraineté technologique et industrielle.
Le royaume ambitionne également d’exporter cette expertise en Afrique, notamment dans le cadre de partenariats ferroviaires avec des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Nigeria.
6. Les défis : financement et coordination
Malgré son ambition, le projet de LGV vers Marrakech soulève plusieurs défis.
Le coût total est estimé à plus de 50 milliards de dirhams, une somme colossale nécessitant des partenariats public-privé et des financements internationaux.
Le Maroc explore déjà des pistes avec la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et plusieurs partenaires européens.
La coordination des travaux avec les autres infrastructures (routes, urbanisme, énergie) constituera un autre défi majeur.
Mais l’expérience réussie de la ligne Tanger–Casablanca rassure : le Maroc a déjà démontré sa capacité à livrer des projets d’envergure dans les délais et standards internationaux.
7. Une vitrine pour le Maroc du futur
L’extension de la LGV vers Marrakech dépasse le cadre d’un simple projet ferroviaire.
Elle symbolise la vision d’un Maroc moderne, ancré dans la durabilité, l’efficacité et la mobilité partagée.
C’est aussi un signal adressé à l’Afrique : un modèle de développement où innovation et inclusion se renforcent mutuellement.
Le rail devient ici plus qu’un moyen de transport : un instrument de cohésion nationale et de rayonnement continental.
Conclusion
Avec l’extension de la LGV vers Marrakech, le Maroc confirme son statut de pionnier africain de la mobilité durable.
Ce projet, à la croisée de la technologie, de l’écologie et du développement social, illustre la capacité du royaume à penser grand tout en bâtissant local.
Demain, voyager de Tanger à Marrakech en quelques heures ne sera pas seulement un confort : ce sera le symbole d’un Maroc en mouvement, rapide, vert et confiant dans son avenir.
Sources :
-
ONCF – Programme d’extension LGV Maroc 2025–2035
-
Ministère de l’Équipement et de l’Eau – Bilan infrastructures 2024
-
Banque Africaine de Développement – Transport & Mobility Report 2024
-
Banque mondiale – Morocco Infrastructure Outlook 2030
-
Reuters / MAP – Projets ferroviaires stratégiques au Maroc