Une crise hydrique devenue structurelle
Depuis plus de cinq ans, les Marocains vivent au rythme des restrictions d’eau. Les pluies se font rares, les barrages atteignent des niveaux historiquement bas — moins de 30 % de leur capacité moyenne en 2025 — et les températures augmentent de près de 2°C par rapport à la moyenne des années 1990.
Les régions de Marrakech, Safi et Agadir sont particulièrement touchées. Dans certaines zones rurales, l’eau potable est rationnée, tandis que les agriculteurs abandonnent progressivement les cultures intensives.
Le Haut-Commissariat au Plan a alerté dès 2024 sur une situation “critique” pour la sécurité hydrique nationale.
« La sécheresse n’est plus une exception climatique, c’est une donnée permanente », a reconnu le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, lors d’un forum à Rabat.
Le dessalement de l’eau de mer : une réponse technologique et stratégique
Pour faire face à cette crise, le Maroc mise massivement sur le dessalement de l’eau de mer, un procédé désormais au cœur de sa stratégie nationale de l’eau.
D’ici 2030, le pays prévoit la construction de 15 stations de dessalement, dont plusieurs déjà opérationnelles à Agadir, Laâyoune et Boujdour.
La plus emblématique reste celle de Casablanca, inaugurée fin 2025 : un projet colossal d’une capacité de 300 millions de m³ par an, réalisé en partenariat public-privé avec le groupe espagnol Acciona.
Cette infrastructure permettra d’alimenter 10 millions d’habitants du Grand Casablanca et de réduire la dépendance à la nappe de Berrechid, aujourd’hui surexploitée.
Le coût total du programme national de dessalement est estimé à 45 milliards de dirhams, financé à la fois par l’État, la BAD et le Fonds vert pour le climat.
Mais le dessalement a un coût énergétique élevé. Pour l’atténuer, le Maroc compte alimenter ses stations par l’énergie solaire et éolienne, notamment à travers les projets Noor Midelt et Tarfaya Wind.
Une démarche qui s’inscrit dans la logique du “Green Water Policy”, axée sur la durabilité énergétique et environnementale.
Les interconnexions et la réutilisation des eaux usées : un tournant dans la gestion intégrée
Outre le dessalement, le Royaume développe une stratégie d’interconnexion des bassins hydrauliques pour mieux répartir les ressources disponibles.
L’interconnexion entre les barrages Sebou et Bouregreg, mise en service en 2024, a déjà permis de sécuriser l’approvisionnement en eau potable de Casablanca et Rabat.
D’autres projets suivront, reliant les bassins du Loukkos, du Tensift et de l’Oum Er-Rbia.
En parallèle, le Maroc accélère la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation et le nettoyage urbain.
Selon le ministère de l’Eau, plus de 100 millions de m³ d’eaux usées ont été recyclées en 2025, un chiffre en forte hausse par rapport aux 30 millions de 2018.
« Nous devons passer d’une culture de l’abondance à une culture de la gestion rationnelle », souligne l’hydrologue Abdelkader Bensalem, qui milite pour un usage responsable de l’eau dans l’agriculture.
Le défi agricole : entre adaptation et reconversion
Le secteur agricole, qui représente près de 14 % du PIB et emploie 35 % de la population active, reste le plus exposé à la crise hydrique.
Les cultures gourmandes en eau — comme la pastèque ou l’avocat — sont de plus en plus critiquées pour leur impact sur les nappes phréatiques, notamment dans les régions de Zagora et Souss-Massa.
Le ministère de l’Agriculture encourage désormais la reconversion vers des cultures moins consommatrices (olivier, amandier, caroubier) et la généralisation de l’irrigation au goutte-à-goutte, déjà adoptée sur 700 000 hectares.
Des aides financières sont également prévues pour les agriculteurs souhaitant moderniser leurs équipements d’irrigation.
Mais cette transition reste difficile : beaucoup de petits exploitants n’ont ni les moyens, ni la formation nécessaire pour s’adapter aux nouvelles technologies hydriques.
Vers une politique de l’eau durable et citoyenne
La sécheresse agit comme un révélateur : elle met en lumière les fragilités d’un modèle de gestion encore trop centralisé et réactif.
Le gouvernement ambitionne désormais de faire de la “sécurité hydrique” un pilier constitutionnel, au même titre que la sécurité alimentaire et énergétique.
Des campagnes nationales de sensibilisation sont aussi prévues pour encourager les citoyens à réduire leur consommation d’eau et valoriser les gestes éco-responsables.
L’eau, devenue enjeu stratégique, rebat les cartes de la souveraineté et de la stabilité à long terme.
Car dans un pays semi-aride comme le Maroc, maîtriser l’eau, c’est maîtriser l’avenir.
Sources :
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Reuters — Morocco invests in desalination and waterways to mitigate drought (juin 2025)
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Ministère de l’Équipement et de l’Eau – Rapport sur la stratégie nationale 2025-2030
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HCP — Bulletin de conjoncture hydrique 2025
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Le360.ma — La guerre silencieuse de l’eau : le Maroc face à la sécheresse chronique (octobre 2025)
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Banque africaine de développement — Financement du plan marocain de dessalement durable (2025)