Le Maroc entre dans une ère de rareté hydrique structurelle.
Longtemps vanté pour ses barrages et son ingénierie hydraulique, le Royaume est désormais classé parmi les pays les plus exposés au stress hydrique mondial. Selon la Banque mondiale, la disponibilité annuelle en eau par habitant est passée de plus de 2 500 m³ dans les années 1960 à moins de 600 m³ aujourd’hui — un seuil critique largement en dessous du niveau de pénurie fixé à 1 000 m³.
Des barrages à sec et des nappes surexploitées

Le barrage Al Massira, deuxième plus grand réservoir du pays, est devenu le symbole de cette crise. Son niveau d’eau a chuté de manière dramatique, ne dépassant plus 5 % de sa capacité à la fin de l’été 2025.
Dans plusieurs régions — notamment Chaouia, Haouz, Souss et Oriental — les agriculteurs assistent à un épuisement progressif des nappes phréatiques. Des milliers de puits ont été forés illégalement, aggravant la situation et menaçant la durabilité des ressources souterraines.
Le changement climatique, un facteur aggravant
Les projections climatiques sont alarmantes. Le Maroc connaît une baisse moyenne des précipitations de 25 à 30 % depuis le début du siècle et une hausse continue des températures. Ces conditions entraînent une évaporation accrue des retenues d’eau et une réduction de la recharge naturelle des nappes.
Les années 2021 à 2025 ont été parmi les plus sèches jamais enregistrées. Dans certaines zones rurales, les habitants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour accéder à l’eau potable. Les tensions locales entre agriculteurs, éleveurs et autorités deviennent de plus en plus fréquentes.
Des politiques nationales ambitieuses mais fragilisées
Le gouvernement marocain a lancé le Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Irrigation 2020-2027 (PNAEPI), doté d’un budget de 115 milliards de dirhams. Ce plan vise notamment à :
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multiplier les stations de dessalement de l’eau de mer,
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renforcer l’interconnexion des bassins hydrauliques,
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développer la réutilisation des eaux usées traitées pour l’agriculture,
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et sensibiliser la population à la sobriété hydrique.
Des projets emblématiques voient le jour, comme la grande station de dessalement d’Agadir, capable de produire plus de 275 000 m³ d’eau par jour. Cependant, leur impact reste limité face à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et à l’inefficacité des réseaux d’irrigation.
L’agriculture, premier consommateur et principal défi

Le secteur agricole absorbe près de 85 % de l’eau consommée au Maroc. Si les politiques d’irrigation localisée (goutte-à-goutte) ont permis des gains notables, elles ont aussi entraîné une intensification des cultures dans des zones arides, paradoxalement aggravant la demande.
Des experts plaident pour une réorientation du modèle agricole vers des cultures moins gourmandes en eau (olivier, cactus, figuier de barbarie) et une meilleure planification territoriale.
La question de la justice hydrique se pose également : certaines zones agricoles exportatrices bénéficient d’un accès prioritaire à l’eau, au détriment des usages domestiques ou écologiques.
Vers une nouvelle culture de l’eau
Au-delà des infrastructures, c’est un changement de mentalité qui s’impose.
Les campagnes de sensibilisation à la réduction de la consommation, au recyclage et à la préservation des sources locales sont encore trop limitées. La gouvernance participative de l’eau — impliquant collectivités, agriculteurs, associations et citoyens — devient essentielle pour prévenir les conflits à venir.
Conclusion : une course contre la montre

Le Maroc dispose d’une expertise hydraulique reconnue, mais la crise actuelle appelle à une transformation profonde :
gérer moins l’abondance, et mieux la rareté.
Sans une adaptation rapide, les conséquences économiques, sociales et environnementales du stress hydrique pourraient freiner durablement le développement du pays et accentuer les inégalités régionales.