Le Maroc face aux défis de la souveraineté énergétique

Par Youssef Boulayoun • 31 oct. 2025, 14:45 • 3 min de lecture • Économie
Le Maroc face aux défis de la souveraineté énergétique

La question énergétique est devenue un pilier central de la souveraineté nationale. Pour le Maroc, pays importateur d’hydrocarbures, cette dépendance structurelle aux marchés mondiaux représente un risque majeur, surtout dans un contexte de volatilité géopolitique et de mutation climatique. Face à ces défis, le Royaume a engagé depuis deux décennies une stratégie ambitieuse visant à transformer son modèle énergétique et à s’imposer comme un acteur régional de la transition verte.

Le tournant a commencé dès 2009 avec la création de Masen et le lancement du Plan Solaire Marocain, qui a donné naissance à des projets emblématiques comme Noor Ouarzazate, l’un des plus grands complexes solaires au monde. Aujourd’hui, le Maroc produit déjà plus de 40 % de son électricité à partir de sources renouvelables, avec l’objectif d’atteindre 52 % d’ici 2030. Mais derrière ces chiffres ambitieux se cachent des défis considérables.

La demande énergétique nationale ne cesse d’augmenter, portée par la croissance démographique, l’industrialisation et l’électrification rurale. Or, près de 90 % des besoins en hydrocarbures — pétrole et gaz — restent couverts par les importations. La fermeture du gazoduc Maghreb-Europe par l’Algérie en 2021 a brutalement rappelé au Royaume l’urgence d’assurer son autonomie énergétique. Depuis, le Maroc accélère les interconnexions électriques avec l’Espagne et le Portugal et explore de nouveaux partenariats avec le Nigéria pour le mégaprojet du gazoduc transsaharien.

Mais c’est sur l’hydrogène vert que le Maroc mise le plus. Grâce à son ensoleillement exceptionnel, à ses côtes atlantiques et à sa stabilité politique, il attire déjà des investisseurs allemands, japonais et du Golfe. Le Royaume ambitionne de devenir un hub de production et d’exportation d’énergie propre vers l’Europe, en profitant de sa proximité géographique et de ses infrastructures portuaires modernes.

Cependant, cette transition verte n’est pas exempte de contraintes. Les coûts initiaux des technologies renouvelables, le besoin de formation de main-d’œuvre spécialisée et la lenteur administrative freinent parfois les projets. La question du stockage énergétique reste également centrale, tout comme la modernisation du réseau de transport d’électricité.

Le Maroc se trouve ainsi à un carrefour : continuer à dépendre des marchés fossiles instables ou accélérer une transition énergétique audacieuse, mais coûteuse. Le choix semble déjà fait au plus haut niveau de l’État, mais sa mise en œuvre exigera constance, innovation et gouvernance exemplaire.

À long terme, la souveraineté énergétique ne se limitera pas à produire localement, mais à maîtriser toute la chaîne de valeur : recherche, innovation, industrialisation et exportation. Le Royaume, par sa vision stratégique et ses partenariats internationaux, s’impose déjà comme un modèle africain de transition énergétique intelligente.

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