Le Maroc ouvre une nouvelle page de son histoire politique. Ce vendredi 16 octobre 2026, le Roi Mohammed VI a présidé à Rabat la cérémonie de nomination du gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à accéder à la tête de l'exécutif. Entre maintien de ministres stratégiques, retour de personnalités politiques et création de nouveaux portefeuilles, cette équipe gouvernementale devra rapidement répondre aux attentes des Marocains, notamment sur l'emploi, le pouvoir d'achat, la santé et l'éducation.
Une nomination historique au Palais Royal de Rabat
C'est désormais officiel. Après plusieurs semaines de consultations politiques ouvertes à la suite des élections législatives du 23 septembre 2026, le Maroc dispose d'un nouveau gouvernement.
Le Roi Mohammed VI a présidé, vendredi 16 octobre, au Palais Royal de Rabat, la cérémonie de nomination des membres de l'équipe gouvernementale conduite par Fatima Ezzahra El Mansouri.
Nommée Cheffe du gouvernement le 29 septembre dernier, conformément à l'article 47 de la Constitution, la responsable du Parti Authenticité et Modernité (PAM) a mené les négociations nécessaires à la constitution d'une majorité parlementaire.
Son arrivée à la tête de l'exécutif constitue un événement historique : pour la première fois depuis l'indépendance du Royaume, une femme occupe cette fonction.
Mais au-delà de la portée symbolique de cette nomination, c'est sur les décisions et les résultats de son gouvernement que portera désormais l'attention.
PAM, Istiqlal, USFP et PPS : une nouvelle majorité à quatre partis
Le gouvernement repose sur une coalition réunissant quatre formations politiques : le Parti Authenticité et Modernité (PAM), le Parti de l'Istiqlal, l'Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS).
Cette alliance, officialisée le 12 octobre, dispose de 207 sièges à la Chambre des représentants, soit neuf de plus que le seuil nécessaire pour atteindre la majorité absolue.
Sa composition représente une évolution notable du paysage politique marocain.
Le PAM accède à la direction du gouvernement, tandis que l'Istiqlal conserve une place dans la majorité. L'USFP et le PPS participent également à cette nouvelle équipe, associant des formations aux traditions et orientations politiques distinctes.
L'accord de coalition affichait comme ambition de construire une majorité cohérente autour des réformes économiques, de la justice sociale, de la gouvernance et de l'équité territoriale.
Toutefois, avec 207 sièges sur 395, cette majorité devra préserver son unité pour faire adopter les textes nécessitant un soutien parlementaire.
Fouzi Lekjaa aux Finances : l'une des nominations les plus remarquées
Parmi les principaux changements figure la nomination de Fouzi Lekjaa au ministère de l'Économie, des Finances et de la Performance publique.
L'ancien ministre délégué chargé du Budget prend ainsi la responsabilité d'un portefeuille économique élargi.
Cette nomination intervient à un moment où les finances publiques marocaines doivent répondre à plusieurs exigences simultanées : maîtriser les dépenses, soutenir l'investissement, financer les programmes sociaux et accompagner les grands projets d'infrastructure.
La nouvelle appellation du ministère, intégrant explicitement la performance publique, traduit également une volonté affichée de placer l'efficacité de l'action administrative au centre des priorités.
Reste à déterminer comment cette orientation sera concrètement mise en œuvre, notamment dans la préparation des budgets et l'évaluation des politiques publiques.
Les Affaires étrangères et l'Intérieur dans la continuité
Si certains départements changent de responsables, plusieurs portefeuilles stratégiques conservent leurs titulaires.
Nasser Bourita demeure ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger.
Abdelouafi Laftit reste à la tête du ministère de l'Intérieur.
Abdellatif Ouahbi conserve le ministère de la Justice, tandis qu'Ahmed Toufiq poursuit sa mission au département des Habous et des Affaires islamiques.
Ce maintien de responsables déjà en fonction marque une continuité institutionnelle dans plusieurs domaines sensibles.
Sur le plan diplomatique, le Maroc poursuivra notamment ses relations avec ses partenaires africains, européens, arabes et internationaux, dans un contexte marqué par des transformations géopolitiques importantes.
La question du Sahara marocain, les relations avec l'Union européenne et les partenariats économiques africains resteront parmi les principaux dossiers suivis par la diplomatie du Royaume.
Santé et éducation : deux ministères au cœur des attentes populaires
Les changements concernent également des départements directement liés à la vie quotidienne des Marocains.
Nabil Benabdallah prend la tête d'un ministère élargi de l'Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification.
Cette nomination rassemble sous une même responsabilité plusieurs étapes du parcours éducatif, depuis l'enseignement préscolaire jusqu'à la préparation à l'emploi.
Le nouveau ministre devra faire face à des défis structurels : qualité des apprentissages, décrochage scolaire, disparités territoriales, formation des enseignants et adéquation entre les diplômes et le marché du travail.
Au ministère de la Santé et de la Protection sociale, Youns Bjijou est nommé pour conduire un secteur engagé dans d'importantes transformations.
L'accès aux soins, les ressources humaines, la modernisation des établissements hospitaliers et le déploiement de la protection sociale constitueront des enjeux majeurs pour son département.
Ces deux portefeuilles sont particulièrement sensibles après les mobilisations de jeunes qui ont exprimé, ces derniers mois, des revendications portant notamment sur les services publics et les perspectives professionnelles.
Un ministère consacré à l'intelligence artificielle
Parmi les nouveautés de l'architecture gouvernementale figure la création d'un ministère de l'Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration, confié à Ahmed Rahhou.
Ce choix inscrit explicitement l'intelligence artificielle dans l'organisation gouvernementale.
Le portefeuille regroupe plusieurs missions étroitement liées : modernisation des services administratifs, numérisation des procédures, intégration des nouvelles technologies et amélioration de la relation entre l'administration et les citoyens.
Sa mise en place soulève des questions importantes : quelle place sera réservée aux compétences marocaines dans l'intelligence artificielle ? Comment assurer la souveraineté numérique du pays ? Et comment faire en sorte que la digitalisation simplifie réellement les démarches administratives ?
La réussite de ce chantier dépendra autant des investissements technologiques que de la formation des fonctionnaires, de la protection des données et de la capacité des administrations à transformer leurs méthodes de travail.
Agriculture, énergie, emploi : des portefeuilles stratégiques
Khalid Hatimy est nommé ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime et de la Souveraineté alimentaire.
L'intégration explicite de la souveraineté alimentaire dans l'intitulé du ministère intervient alors que le secteur agricole doit composer avec les enjeux de sécurité hydrique, de production nationale et de stabilité des prix alimentaires.
Charafat Afailal prend les fonctions de ministre de l'Énergie, des Mines et du Développement durable.
Elle devra notamment accompagner les politiques énergétiques du Royaume, dans un contexte où la dépendance aux importations d'hydrocarbures et le développement des énergies renouvelables restent des enjeux essentiels.
Abderrahim Chahid devient ministre de l'Emploi et du Dialogue social.
Son département sera attendu sur l'insertion des jeunes, les relations avec les partenaires sociaux et les conditions de travail.
De son côté, Ryad Mezzour conserve un rôle central dans l'action économique en étant nommé ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Inclusion économique.
La Coupe du monde 2030, un défi économique et organisationnel
Le nouveau gouvernement prend ses fonctions alors que le Maroc poursuit ses préparatifs pour l'organisation de la Coupe du monde 2030, aux côtés de l'Espagne et du Portugal.
Ce rendez-vous international implique d'importants chantiers en matière de transport, de mobilité, d'infrastructures, d'accueil touristique et d'équipements sportifs.
Au-delà de l'événement lui-même, l'un des enjeux sera de transformer ces investissements en bénéfices durables pour l'économie nationale et les territoires concernés.
Le développement des infrastructures devra notamment s'articuler avec les besoins sociaux et les équilibres budgétaires.
Cette question sera déterminante dans l'appréciation des politiques publiques au cours des prochaines années.
Une nouvelle équipe, mais des attentes anciennes
La nomination de ce gouvernement intervient dans un contexte où plusieurs préoccupations restent centrales pour les ménages marocains.
Le coût de la vie, les prix des carburants, le chômage, l'accès au logement, les disparités entre les régions et la qualité des services publics constituent autant de dossiers auxquels l'exécutif devra apporter des réponses.
La composition du gouvernement apporte des indications sur les priorités institutionnelles retenues, mais elle ne permet pas, à elle seule, de connaître les mesures concrètes qui seront engagées.
Celles-ci devront être précisées dans le programme gouvernemental, les projets de loi de finances et les premières décisions ministérielles.
La nouvelle majorité devra également démontrer sa capacité à coordonner des partis issus de traditions politiques différentes, tout en maintenant le dialogue avec le Parlement et les acteurs sociaux.
El Mansouri face à l'épreuve des résultats
En devenant la première femme Cheffe du gouvernement du Maroc, Fatima Ezzahra El Mansouri inscrit son nom dans l'histoire institutionnelle du Royaume.
La nomination de son équipe marque la fin de la phase de constitution de l'exécutif et l'ouverture d'une nouvelle séquence politique.
Cette équipe associe plusieurs responsables expérimentés à de nouveaux titulaires, tout en réorganisant certains domaines d'intervention de l'État.
Mais pour les citoyens, l'essentiel se jouera désormais au-delà des nominations.
L'évolution du pouvoir d'achat, la création d'emplois, les progrès dans les écoles et les hôpitaux, ainsi que la réduction des inégalités territoriales fourniront des éléments concrets pour mesurer les effets des politiques engagées.
Le Maroc dispose désormais de son nouveau gouvernement. Reste à découvrir son programme et, surtout, la manière dont ses engagements se traduiront dans le quotidien des Marocains