Les images de retenues partiellement regonflées ont pu nourrir un optimisme passager. Sur le terrain, la réalité est moins rassurante. Les apports récents n’ont pas suffi à inverser une tendance lourde marquée par une baisse continue des réserves hydriques à l’échelle nationale.
Le premier facteur est climatique. Le Maroc fait face à une transformation durable de son régime pluviométrique. Les pluies deviennent plus irrégulières, plus courtes et plus intenses. Ce type d’épisodes favorise le ruissellement rapide vers la mer, sans permettre une recharge efficace des nappes phréatiques ni un remplissage optimal des barrages.
La pression sur la ressource reste également très élevée. L’agriculture irriguée, essentielle à la sécurité alimentaire, demeure le principal consommateur d’eau. À cela s’ajoutent les besoins croissants des zones urbaines, de l’industrie et du tourisme, dans un contexte de croissance démographique et d’urbanisation accélérée.
Les limites des infrastructures existantes apparaissent de plus en plus clairement. Une partie des barrages a été conçue pour des conditions climatiques aujourd’hui dépassées. Les pertes sur les réseaux, la faible réutilisation des eaux usées traitées et les délais dans la mise en œuvre de projets structurants limitent l’impact réel des stratégies engagées.
La sécurité hydrique ne dépend plus uniquement de la capacité de stockage. Elle impose une transformation profonde des usages, une meilleure gouvernance et une adaptation rapide aux nouvelles contraintes climatiques. Sans ces ajustements, chaque épisode pluvieux restera un soulagement temporaire, sans effet durable sur la trajectoire hydrique du pays.