Un état des lieux contrasté des ressources en eau
Les nouveaux chiffres publiés pour le 24 novembre 2025 confirment une tendance persistante : la situation des barrages marocains demeure fragile. Le taux national atteint 31,2 %, correspondant à un volume global d’environ 5 229 millions de m³. Ce niveau, nettement inférieur aux moyennes historiques, s’accompagne de fortes disparités selon les bassins hydrauliques.
Le bassin de l’Oum Er-Rbia reste l’un des plus préoccupants, avec seulement 8,8 % de remplissage. Plusieurs ouvrages stratégiques, tels que Timnoutine, Aït Messaoud ou Douarate, affichent des taux très bas, certains en dessous de 15 %. Cette situation affecte directement l’approvisionnement des zones agricoles et industrielles de la région, tout en accentuant la pression sur la nappe phréatique.
À l’opposé, le bassin du Bouregreg offre une situation bien plus rassurante. Avec 64,5 %, il fait partie des rares zones où les réserves dépassent la moitié de la capacité totale. Le barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah concentre à lui seul l’essentiel du volume, confirmant son rôle central dans l’alimentation en eau des régions de Rabat et de Casablanca.
Le bassin du Loukkos présente également des niveaux acceptables, atteignant 45,5 %. Plusieurs barrages tels que Chefchaouen, Charif Idrissi ou Oued El Makhazine affichent des taux supérieurs à 70 %, traduisant une meilleure régénération hydrique au nord du pays et une pluviométrie relativement favorable au cours des derniers mois.
Les bassins du Sebou et de la Moulouya se situent dans une zone intermédiaire. Le Sebou atteint 40,3 %, porté notamment par les barrages Allal El Fassi et Garde Sebou, tandis que la Moulouya stagne à 27 %, révélant une pression accrue sur les infrastructures hydriques de l’Oriental.
Dans le sud du Royaume, les chiffres confirment une situation plus tendue. Le Souss-Massa enregistre seulement 19,2 %, avec des ouvrages comme Abdelmoumen, Youssef Ben Tachfine ou Imi El Kheng affichant des taux particulièrement faibles. Le bassin Draa-Oued Noun se maintient à 28,1 %, un niveau insuffisant pour garantir une couverture durable des besoins agricoles et domestiques.
Le bassin Guir-Ziz-Rheris atteint pour sa part 47,1 %, tiré par le barrage Hassan Addakhil. Le Tansift s’établit à 42,9 %, offrant une relative stabilité mais restant dépendant des précipitations à venir.
Ces écarts mettent en lumière l’urgence d’une gestion régionale différenciée, fondée sur l’anticipation et la diversification des ressources. Entre bassins excédentaires et zones en stress hydrique sévère, le Royaume devra maintenir ses efforts dans le dessalement, la réutilisation des eaux usées traitées et la rationalisation de la consommation.
La période hivernale sera déterminante. Les précipitations des prochaines semaines pourraient atténuer les tensions dans certains bassins, mais les projections restent incertaines. En attendant, les chiffres publiés dressent un tableau clair : le Maroc doit naviguer entre vigilance et planification stratégique pour sécuriser ses ressources hydriques.