L’explosion urbaine d’un pays en transition
En un demi-siècle, le Maroc est passé d’une société majoritairement rurale à un pays résolument urbain : plus de 65 % de la population vit aujourd’hui en ville, contre à peine 30 % dans les années 1970.
Casablanca, Rabat, Marrakech et Tanger se sont imposées comme des pôles économiques, mais cette urbanisation rapide s’accompagne de déséquilibres inquiétants : embouteillages chroniques, pollution, rareté du logement et pression sur les services publics.
Casablanca, à elle seule, concentre près de 12 % de la population nationale et génère un quart du PIB du pays.
Mais derrière cette réussite économique se cache une réalité plus complexe : une ville saturée, où les loyers atteignent des niveaux record, tandis que la périphérie s’étend sans véritable plan d’aménagement.
Le sociologue Abderrahim Benhima résume ainsi la situation :
« Nos villes grandissent plus vite que nos institutions ne planifient. Le Maroc construit des bâtiments plus rapidement qu’il ne construit des politiques urbaines. »
Le logement : un rêve de plus en plus inaccessible
La question du logement reste au cœur des tensions urbaines.
Le prix du mètre carré dans les grandes villes a augmenté de près de 25 % en cinq ans, selon la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).
Le logement moyen à Casablanca dépasse désormais 900 000 dirhams, un montant largement hors de portée pour les jeunes actifs.
Le gouvernement a bien lancé un nouveau programme de logements abordables, ciblant les classes moyennes avec des appartements subventionnés jusqu’à 300 000 dirhams.
Mais sur le terrain, les bénéficiaires dénoncent des projets souvent situés loin des centres économiques, mal desservis et sans équipements de base.
Pour beaucoup, la solution passe par un retour à la planification urbaine équilibrée, avec des pôles régionaux intégrés et des logements accessibles à proximité des zones d’emploi.
Des projets pilotes à Benguérir, Oujda et Settat visent justement à créer des “villes moyennes durables”, destinées à absorber la croissance démographique et à réduire la pression sur les métropoles.
Transports et mobilité : l’autre défi du quotidien urbain
Les grandes villes marocaines connaissent un boom de la motorisation. Entre 2015 et 2025, le parc automobile national est passé de 3,5 à 6 millions de véhicules, entraînant une explosion du trafic et de la pollution.
Casablanca tente d’y répondre avec son réseau de tramway, qui transporte plus de 150 000 passagers par jour, et une extension en cours vers Mohammedia.
Rabat, Marrakech et Tanger suivent la même voie, misant sur les transports électriques et les couloirs réservés aux bus rapides (BHNS).
Mais ces projets peinent encore à couvrir l’ensemble des besoins : la majorité des Marocains dépendent toujours de transports informels (grands taxis, bus non régulés) aux horaires aléatoires et aux tarifs instables.
Pour les urbanistes, la clé réside dans la coordination entre logement et transport : développer un quartier ne peut plus se faire sans penser à sa connectivité, à ses espaces publics et à la mixité sociale.
« Le transport, c’est le ciment de la cohésion urbaine. Sans mobilité inclusive, les inégalités s’aggravent », souligne la chercheuse Hanane Rafi, spécialiste en aménagement du territoire.
Jeunesse et urbanisme : une génération à la recherche de ville vivable
Près de 60 % des Marocains ont moins de 35 ans. Cette jeunesse urbaine porte de nouvelles attentes : logements connectés, espaces verts, lieux culturels et modes de transport durables.
Mais dans la plupart des grandes villes, l’offre ne suit pas. Le manque de parcs, de bibliothèques publiques et de pistes cyclables crée une frustration croissante.
Le modèle de développement urbain, longtemps centré sur la voiture et la spéculation foncière, est désormais remis en cause.
Les nouvelles politiques prônent la ville compacte, verte et inclusive, avec des zones piétonnes et des quartiers à énergie positive.
Des initiatives locales émergent, comme le “Projet Casablanca Smart City”, qui vise à doter la métropole d’un système numérique de gestion de la circulation et de l’éclairage public.
Mais la transformation urbaine reste lente. Les défis du Maroc jeune ne sont pas seulement économiques — ils sont aussi urbains, culturels et environnementaux.
Vers un modèle urbain marocain durable
Le Maroc a engagé plusieurs réformes pour mieux encadrer l’urbanisation : la révision du Code de l’urbanisme, la création d’agences régionales d’aménagement, et l’intégration de critères écologiques dans les projets de construction.
Mais la réussite dépendra de la coordination entre les acteurs publics, les communes et le secteur privé.
Si le pays parvient à repenser ses villes non plus comme des espaces d’accumulation, mais comme des espaces de vie et d’équité, il pourra faire de l’urbanisation une opportunité plutôt qu’un fardeau.
Dans un Maroc jeune et mobile, l’enjeu est désormais clair : construire des villes qui respirent, des logements qui rassemblent et des transports qui rapprochent.
Sources :
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HCP — Rapport 2025 sur l’urbanisation et la population active
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FNPI — Évolution du prix du logement au Maroc (2025)
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Medias24 — Logement et mobilité : la tension persiste dans les grandes villes (octobre 2025)
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Le360.ma — Casablanca, la ville qui cherche son souffle (septembre 2025)
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CESE — Avis sur la politique nationale d’aménagement du territoire 2025-2030