Petits taxis au Maroc : un service indispensable mais de plus en plus décrié

Par Youssef Boulayoun • 12 oct. 2025, 22:08 • 5 min de lecture • Société
Petits taxis au Maroc : un service indispensable mais de plus en plus décrié

Présents dans toutes les grandes villes marocaines, les petits taxis font partie du quotidien de millions de citoyens. Pourtant, les plaintes des usagers se multiplient : refus de course, tarifs abusifs, état des véhicules... Un malaise grandissant entoure un service pourtant vital pour la mobilité urbaine.

Petits taxis au Maroc : un service indispensable mais de plus en plus décrié
Un symbole du transport urbain en crise
À Casablanca, Rabat, Fès ou encore Tanger, les petits taxis sillonnent les rues jour et nuit. Ils représentent l’un des piliers du transport urbain au Maroc, notamment pour les trajets courts ou en l’absence de transport public efficace.
Mais depuis plusieurs années, le mécontentement des usagers ne cesse de croître. Sur les réseaux sociaux comme dans les discussions du quotidien, les témoignages dénonçant des abus, refus ou comportements déplacés se multiplient.

 
Refus de course : le principal reproche
C’est sans doute le problème le plus fréquent. Dans la plupart des grandes villes, les petits taxis refusent régulièrement de prendre des passagers sous prétexte que la destination est trop courte, trop éloignée, ou simplement parce qu’elle ne les arrange pas.
À Casablanca, par exemple, de nombreux habitants rapportent que les chauffeurs refusent de se rendre vers certaines zones périphériques, jugées peu rentables.

« Il faut parfois attendre plus de 20 minutes pour trouver un taxi qui accepte d’aller à Derb Ghallef ou Aïn Sebaâ », témoigne une habitante de la métropole.
Cette pratique, pourtant illégale selon la réglementation du transport urbain, reste difficile à contrôler faute d’effectifs et de sanctions réelles.

 
Tarifs arbitraires et compteurs absents
Autre problème récurrent : l’absence d’utilisation du compteur.
À Rabat ou Marrakech, il n’est pas rare que les chauffeurs imposent un tarif fixe, souvent supérieur au prix réglementaire.

« Le compteur est là, mais il ne sert à rien. Certains chauffeurs préfèrent négocier avant même qu’on monte », déplore un usager.
Les associations de consommateurs dénoncent un flou tarifaire entretenu par le manque de contrôle. Dans certaines villes, la mise en place du compteur numérique a amélioré la situation, mais le phénomène reste largement répandu.

 
Véhicules vétustes et sécurité en question
Beaucoup de petits taxis circulent encore dans des modèles anciens, souvent mal entretenus, sans climatisation ni confort minimal.
Certains usagers se plaignent aussi de comportements dangereux : excès de vitesse, dépassements risqués ou non-respect du code de la route.

« On a parfois peur de monter, surtout la nuit », confie un étudiant à Fès.
Les chauffeurs, eux, expliquent cette situation par la faiblesse des revenus et le coût élevé de l’entretien.

« Avec ce qu’on gagne, difficile de changer de voiture ou de faire les réparations à temps », admet un chauffeur casablancais.
 
Une profession fragilisée et mal encadrée
Derrière ces dysfonctionnements, c’est tout un système qui montre ses limites.
Les petits taxis fonctionnent sous un régime d’autorisations (“agréments”) délivrées souvent de manière opaque, et dont les conducteurs ne sont pas toujours propriétaires.
Résultat : beaucoup de chauffeurs travaillent à la journée et versent une redevance au titulaire de l’agrément, sans protection sociale stable.

Les syndicats dénoncent cette précarité et demandent depuis longtemps une réforme globale du secteur, afin de professionnaliser l’activité et d’introduire un modèle plus transparent.

 
Les alternatives émergent, mais la transition reste lente
Face à ces problèmes, de nouvelles solutions apparaissent :

Applications de VTC locales (comme Roby, Heetch ou Yassir) commencent à séduire une partie des citadins.
Certaines villes expérimentent des petits taxis hybrides ou électriques, plus écologiques et mieux équipés.
Les autorités locales réfléchissent à une digitalisation du secteur, avec une géolocalisation des véhicules et un suivi des tarifs.
Mais ces initiatives restent encore marginales par rapport à la réalité quotidienne des usagers.

 
Une réforme attendue
Le ministère du Transport a promis à plusieurs reprises une modernisation du cadre juridique encadrant les petits taxis, mais peu de mesures concrètes ont encore été appliquées.
Les citoyens, eux, espèrent un changement réel : plus de discipline, de sécurité et de respect.

« On ne veut pas supprimer les petits taxis. On veut juste qu’ils soient à la hauteur du service qu’ils prétendent offrir », résume un usager à Tanger.

 

Sources
[Ministère du Transport – Direction des Transports Routiers et de la Sécurité Routière, rapport 2024]
[Le360.ma – Petits taxis : entre refus de course et tarifs illégaux, la colère des usagers (février 2025)]
[Hespress – Les plaintes contre les taxis se multiplient dans les grandes villes (mars 2025)]
[TelQuel – Réforme du transport urbain : les petits taxis au cœur du débat (avril 2024)]
[Aujourd’hui Le Maroc – Le secteur des taxis face au défi de la modernisation (2025)]

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