Maroc 2025 : les universités publiques lancent le grand virage numérique

Par Youssef Boulayoun • 07 déc. 2025, 13:26 • 4 min de lecture • Société
Maroc 2025 : les universités publiques lancent le grand virage numérique

Avec près de 1,3 million d’étudiants dont plus de 344.000 nouveaux inscrits en 2024-2025, le Maroc accélère la transformation numérique de ses campus : 220 sites universitaires connectés en WiFi6, plus de 4.000 filières accréditées, 9 cités d’innovation financées à hauteur d’environ 296 millions de dirhams et une application nationale, MyMoroccanUniv, pour centraliser les services aux étudiants.

Le système universitaire marocain est sous pression démographique. Pour la seule année 2024-2025, les établissements d’enseignement supérieur accueillent près de 344.679 nouveaux étudiants, portant le nombre total d’étudiants à environ 1,3 million. Plus de 90 % de ces inscrits relèvent du secteur public, ce qui place les universités marocaines face à un double défi : absorber les flux et améliorer la qualité de la formation dans un contexte de massification rapide.

Cette montée en charge s’inscrit dans le cadre du Plan national d’accélération de la transformation de l’écosystème de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, le PACTE ESRI 2030. Pour la rentrée 2024-2025, le ministère a placé la réforme sous le triptyque « Excellence, numérisation, autonomisation », en achevant la mise en œuvre du nouveau modèle pédagogique et en élargissant l’offre à environ 4.000 filières accréditées, dont près de 3.000 dans le public.

Cette transformation passe d’abord par l’infrastructure. Devant le Parlement, le chef du gouvernement a annoncé que 220 sites universitaires et cités universitaires ont été raccordés à l’Internet haut débit de nouvelle génération, en WiFi6. Parallèlement, des contenus pédagogiques numériques sont progressivement généralisés sur la plateforme Moodle dans toutes les universités publiques, permettant d’héberger cours, supports de TD, évaluations en ligne et ressources complémentaires pour les étudiants.

Le chantier numérique ne se limite pas au réseau et aux plateformes. Le ministère mise aussi sur de nouveaux espaces de formation, avec le lancement des centres « CODE212 », spécialisés dans les compétences digitales et technologiques. Ces centres proposent des modules intensifs en programmation, data, cybersécurité ou design numérique, et visent à rapprocher les profils universitaires des besoins réels du marché du travail. Ils s’ajoutent aux cités d’innovation, dont le gouvernement prévoit la création de trois nouvelles structures à Casablanca, Kénitra et Meknès, en plus de six déjà opérationnelles. L’ensemble représente un investissement de plus de 296 millions de dirhams, complété par un programme de transfert de technologie couvrant une dizaine de projets pour un budget d’environ 60 millions de dirhams.

Au cœur de ce dispositif, une brique centrale : l’application MyMoroccanUniv. Lancée à la rentrée 2024-2025, cette plateforme nationale se veut l’interface numérique unique entre les étudiants, les administrations et les enseignants. Disponible sur mobile, elle regroupe l’accès aux cours de soutien, aux formations linguistiques, aux services d’orientation, à la gestion des demandes d’attestations et aux informations administratives. Le ministère la présente comme une application destinée à personnaliser le parcours de l’étudiant et à fluidifier sa relation avec l’université.

Sur le plan financier, cette modernisation est appuyée par une hausse continue des moyens consacrés à l’enseignement supérieur. Le budget sectoriel devrait atteindre près de 17,3 milliards de dirhams dans les prochaines années, avec la création de plus de 1.700 nouveaux postes budgétaires. Ces ressources supplémentaires doivent servir en priorité à consolider la réforme pédagogique, renforcer le corps enseignant et soutenir les investissements numériques et scientifiques en lien avec le PACTE ESRI 2030.

Cette accélération ne résout pas pour autant tous les problèmes d’un système universitaire confronté à la surpopulation des amphis, à des filières saturées et à une employabilité encore contrastée selon les disciplines. Mais l’orientation est claire : faire du numérique un levier de démocratisation de l’accès aux ressources, de modernisation des méthodes pédagogiques et de montée en compétences des étudiants. Le test décisif sera la capacité des universités à transformer ces outils en véritables gains de qualité académique et en meilleurs débouchés pour une génération qui arrive massivement sur les bancs de l’enseignement supérieur.

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